Dans le cadre de son ouverture aux expériences théâtrales internationales, à la croisée des exigences esthétiques et des réflexions contemporaines, la salle Le 4ème Art à Tunis a accueilli la pièce turque “The last Human”  (le dernier humain), produite par ANKARA STATE THEATRE. Cette représentation s’inscrit dans la programmation de la quatrième édition de la manifestation “Tunis Théâtres du monde”, organisée par le Théâtre National Tunisien (TNT) du 27 mars au 3 avril 2026.

Ecrite par Derem Çıray et mise en scène par Pınar Töre Karayel, la pièce s’inscrit dans un registre que l’on peut qualifier de théâtre post-apocalyptique. Elle imagine un monde dévasté, où ne subsistent de l’humain que les fragments de mémoire et la fragilité de l’existence.

La création théâtrale met en scène trois figures aux postures différentes. La première incarne le repli sur soi comme forme de protection, la seconde traduit un élan persistant vers l’autre, malgré l’impossibilité de communiquer. Quant à la troisième, plus énigmatique, elle apparaît comme une voix de la mémoire collective, une trace vivante d’une humanité désorientée.

L’une des idées clés de la pièce réside dans sa réflexion sur le langage, présenté comme un outil ayant perdu toute portée après la catastrophe. Les mots, autrefois médiateurs entre les êtres, ne parviennent plus à produire du sens ni à transmettre l’expérience humaine. Une question s’impose alors : que reste-t-il de l’homme lorsque le langage cesse de remplir sa fonction ?

Sur le plan esthétique, la mise en scène privilégie un espace marqué par l’isolement et l’enfermement, en écho à cette impossibilité de communiquer. L’éclairage, volontairement tamisé, enveloppe la scène d’une atmosphère suspendue, presque hors du temps. Quant au décor, sobre et épuré, il accentue la solitude des personnages et renforce la sensation de retrait.

La pièce se distingue également par le recours à la répétition, à la fois comme choix esthétique et comme procédé de sens. Certaines scènes, notamment celles liées à la mort, à la violence et à la souffrance, reviennent de manière régulière. Cette récurrence vise à inscrire durablement ces images dans l’esprit du spectateur et à traduire l’état psychologique des personnages, marqué par la fragmentation et la désorientation. Elle met en lumière une lutte continue pour la survie dans un univers dominé par le chaos, tout en révélant une relation profondément altérée entre le “moi”  et lui-même, ainsi qu’entre le “moi” et l’”autre”. L’être humain apparaît ainsi dans une incapacité de communication, non seulement avec autrui, mais aussi avec lui-même.

Au terme de la représentation, les interrogations demeurent ouvertes : que signifie être le dernier humain ? La mémoire constitue-t-elle un refuge ou un fardeau dans un monde vidé de sens ?

En refusant toute conclusion définitive, l’œuvre laisse le spectateur face à une réflexion essentielle sur la condition humaine et le sens de l’existence en l’absence de l’autre.

Il est à noter qu’avant le début de la représentation, les organisateurs ont informé le public que le spectacle est déconseillé aux moins de 16 ans, ainsi qu’aux personnes souffrant de troubles cardiaques, d’épilepsie ou de pathologies similaires, de même qu’aux femmes enceintes, dès lors que cette œuvre se caractérise par une forte tension psychologique et une atmosphère proche du registre de l’horreur.