
Entre une administration Trump qui contourne les décisions judiciaires pour imposer un tarif global de 15% et des marchés de crédit privé qui commencent à se fissurer, la stabilité macroéconomique de 2026 est mise à rude épreuve. Si l’Europe affiche une résilience inattendue, le Japon replonge dans ses doutes déflationnistes, dessinant une géopolitique financière fragmentée.
La semaine écoulée a illustré une vérité fondamentale de l’économie politique moderne : la règle de droit tente de freiner l’impulsion protectionniste, mais la politique finit souvent par trouver une porte dérobée. La décision de la Cour Suprême (6-3) invalidant les tarifs basés sur l’IEEPA aurait pu être un moment de respiration pour le commerce mondial. Au lieu de cela, elle a déclenché une surenchère immédiate de l’administration américaine, portant le tarif global à 15%.
USA : Le “Choc et l’Effroi” Fiscal
L’administration Trump ne recule pas. En pivotant vers de nouvelles autorités pour imposer ce tarif de 15%, elle confirme que le protectionnisme n’est plus un levier de négociation, mais un dogme. Le risque est désormais double : une incertitude juridique prolongée pour les entreprises — confrontées au cauchemar des remboursements — et une pression inflationniste persistante. Avec un Core PCE à 3,0% et une croissance ralentie à 1,4%, la Fed est prise au piège d’une “two-sided approach” : baisser les taux pour soutenir l’activité ou les maintenir pour contrer l’inflation importée.
Europe & UK : L’Embellie Inattendue
Pendant que Washington se débat dans ses contradictions, le Vieux Continent affiche une vigueur surprenante. Les indices PMI dépassent les attentes, suggérant que l’Europe a déjà intégré une partie du choc commercial. Au Royaume-Uni, le surplus budgétaire record offre une bouffée d’oxygène à Westminster, bien que le chômage des jeunes (14%) demeure une bombe sociale à retardement. L’Europe s’impose, pour l’instant, comme le refuge relatif de la croissance stable.
Asie : Le Japon face au Miroir Déflationniste
Le contraste est saisissant : alors que l’Occident combat une inflation collante, le Japon voit la sienne retomber à 1,5%. Pour le gouverneur Ueda (BoJ), ce signal complique la normalisation monétaire, au moment même où la Chine (PBoC) choisit le statu quo pour stabiliser son économie intérieure. L’Asie reste en mode “attente”, scrutant les effets secondaires des tarifs américains sur ses chaînes d’exportation.
Marchés : Le Signal “Blue Owl” et le Shadow Banking
L’épisode Blue Owl dans le crédit privé est le point de vigilance majeur. La restriction des retraits est le symptôme classique d’un excès de liquidités s’évaporant face à des taux durablement hauts. Si nous ne sommes pas encore dans un scénario systémique type 2007, c’est un rappel brutal que le “Shadow Banking” est le premier à souffrir quand la clarté macroéconomique fait défaut.
(source : chronique de Mohamed El-Erian, expert en finance et économie, datée du 22 février 2026)
EN BREF
- SCOTUS vs Trump : Invalidination des tarifs IEEPA ($130-160Mds), mais riposte immédiate avec un tarif global porté à 15%.
- Stagflation US ? : Croissance décevante (1,4%) couplée à une inflation Core PCE plus ferme que prévu (3,0%).
- Résilience Européenne : PMIs et ventes au détail au-dessus des attentes ; record de surplus budgétaire au Royaume-Uni.
- Japon : L’inflation repasse sous les 2% (à 1,5%), freinant les velléités de hausse de taux de la BoJ.
- Alerte Crédit : Secousses chez Blue Owl (Private Equity/Credit) ; les marchés surveillent une possible contagion.


