Brésil : 54 responsables, dont plusieurs politiques, visés par l’enquête sur Petrobras

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à Rio de Janeiro, le 4 février 2015 (Photo : Vanderlei Almeida)

[04/03/2015 06:28:59] Brasilia (AFP) Le parquet du Brésil a demandé mardi à la Cour suprême d’ouvrir une enquête sur 54 personnes dont des hommes politiques en cours de mandat pour déterminer s’ils sont impliqués dans un réseau de corruption qui secoue la compagnie pétrolière Petrobras, contrôlée par l’Etat.

Cette requête inaugure une nouvelle phase dans ce scandale et risque de provoquer de fortes tensions au sein des institutions du géant latino-américain, 7e économie de la planète, prévoient des analystes.

“Il y a 28 demandes d’ouverture d’enquête (…) qui impliquent 54 personnes”, a déclaré à l’AFP un responsable du parquet.

Parmi elles, il y a des élus qui bénéficient d’une immunité parlementaire et d’autres personnes qui sont liées à des hommes politiques exerçant un mandat, selon la même source.

– Noms gardés secrets –

Les noms des personnes qui feront l’objet d’une enquête, si la Cour suprême l’approuve, n’ont pas été divulgués mais le procureur général Rodrigo Janot qui a présenté la requête a sollicité la levée du secret de l’instruction.

L?Opération policière “Lava Jato” (Lavage rapide) a révélé au grand jour un réseau de corruption au sein de Petrobras.

Les enquêteurs ont découvert un système généralisé de pots-de-vin versés depuis une dizaine d’années par les principales entreprises de construction du pays à des responsables de Petrobras en échange de contrats juteux.

Le parquet évalue à ce stade à environ quatre milliards de dollars le total des sommes détournées de Petrobras en dix ans, une compagnie jusque là considérée comme la fierté des Brésiliens.

– Pots de vin à des personnes et partis –

Le scandale Petrobras a éclaté en mars 2014 et a secoué la campagne électorale pour la présidentielle qui a vu en octobre la réélection de justesse de la présidente de gauche Dilma Rousseff.

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” (Photo : Christophe Simon)

Une partie de ces pots-de-vin étaient, selon l’enquête, reversés au Parti des travailleurs (PT) de la présidente Dilma Rousseff ainsi qu’à de nombreux élus ou partis de sa coalition parlementaire.

Ces dessous de table variaient de 1% à 3% des contrats.

Le scandale de corruption au sein de Petrobras a dévoilé de nombreux problèmes légaux financiers et politiques sur l’entreprise. Il a été qualifié de plus grand scandale de l’histoire par le procureur général de la République.

L’agence d’évaluation financière Moody’s a relégué la semaine dernière la dette de Petrobras, en catégorie spéculative, ce qui signifie qu’il y a des risques importants que l’emprunteur n’honore pas ses échéances.

La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, a immédiatement réagi, estimant que cela reflétait “un manque de connaissance” de la compagnie phare du pays qui a “une grande capacité à se récupérer”, selon elle.

Après les avoir repoussés plusieurs fois, Petrobras doit présenter fin mai ses résultats annuels 2014 audités, dans lesquels devrait être précisé le montant des dépréciations d’actifs liés au scandale de corruption.

En janvier, Petrobras avait indiqué avoir identifié 88,6 milliards de réais (31,4 milliards de dollars au cours du 13 février) de surcoûts dans 31 projets passés au crible par la justice, tout en avouant ne pas être encore en mesure de chiffrer la part de ce préjudice lié à la corruption et celle liée aux aléas de son activité économique.

La portée et les conséquences politiques de l’enquête sur le scandale apparaîtront plus clairement si la Cour suprême lève le secret judiciaire qui protège encore les noms des personnes impliquées.