Mario Draghi a fort à faire pour convaincre de l’efficacité de la BCE

e01ace20303351d3c9e39f9467a090a8d9a7076b.jpg
ésident de la BCE, à Francfort, en Allemagne, le 4 septembre 2014 (Photo : Daniel Roland)

[02/10/2014 05:59:28] Naples (Italie) (AFP) Le président de la BCE, Mario Draghi, aura fort à faire ce jeudi pour convaincre les observateurs de l’efficacité de son soutien à l’économie de la zone euro, après un nouveau ralentissement de l’inflation de la région.

Annoncée deux jours avant la réunion mensuelle de politique monétaire, ce jeudi à Naples, la hausse des prix a ralenti à 0,3% en septembre, au plus bas depuis cinq ans et très loin de l’objectif d’un peu moins de 2%.

Ce nouveau coup de frein ravive les craintes de déflation en zone euro, cercle vicieux où l’économie est ralentie par une baisse des prix et des salaires. Et le chiffre alimente “le doute sur l’efficacité de la politique” menée par la BCE, juge Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics.

M. Draghi “pourrait commencer à se sentir comme le roi Sisyphe de la mythologie grecque”, estime Carsten Brzeski, chef économiste d’ING. “Quoi que tente la BCE, l’économie de la zone euro ne répond pas vraiment et continue au contraire à flirter avec la stagnation”, poursuit-il.

Lors de sa rituelle conférence de presse, M. Draghi aura sans doute plus de mal encore que les fois précédentes à minimiser le risque de déflation, que les gardiens de l’euro affirment avec constance ne pas voir.

– Taux au plus bas –

Plombé par les inquiétudes sur la santé économique de la zone euro, l’euro est tombé mardi sous 1,26 dollar pour la première fois en deux ans.

Un recul qui n’est toutefois pas pour déplaire à certains. Le niveau élevé de l’euro face au dollar, synonyme de perte de compétitivité à l’export des entreprises européennes, était un motif d’inquiétude pour de nombreux politiques européens et certains banquiers centraux.

De la part de la BCE aucune nouvelle mesure n’est attendue jeudi. Le taux directeur, abaissé à 0,05% début septembre, ne peut guère descendre plus bas. Mais les analystes guetteront des détails sur les contours d’un nouveau programme d’injections de liquidité dans le circuit financier.

Pour fluidifier le crédit en zone euro et stimuler l’économie, la BCE veut racheter à partir d’octobre des ABS – produits financiers issus de la titrisation de prêts bancaires – et des obligations sécurisées (covered bond).

Le dispositif complètera huit prêts très bon marché et de long terme (TLTRO) proposés aux banques jusqu’à juin 2016, à la condition expresse que celles-ci prêtent plus aux entreprises et ménages en Europe.

L’institution est prête à porter la taille de son bilan à son niveau de 2012, ce qui suppose un gonflement de l’ordre de 1.000 milliards d’euros, rachats d’actifs et prêts confondus.

– Mauvais départ –

Mais ce nouveau programme de soutien a mal démarré: les prêts accordés lors du premier TLTRO mi-septembre ont déçu, avec seulement 82,6 milliards d’euros alloués sur les 400 milliards proposés.

Une deuxième opération prévue en décembre devrait avoir davantage de succès. Mais, pour beaucoup d’analystes, le résultat de toutes ces mesures ne sera pas à la hauteur des espoirs.

Les liquidités des banques ont beau être abondantes, la demande de crédit, elle, n’est pas toujours au rendez-vous du fait des perspectives économiques moroses qui n’incitent pas à investir. Les banques sont par ailleurs réticentes à prendre des risques, à quelques semaines du résultat de tests de résistance bancaire.

Conscient de ces obstacles, M. Draghi réclame, outre des réformes structurelles, une action des gouvernements sur la demande, via notamment des baisses d’impôts. Mais il peut difficilement se soustraire aux appels à en faire plus de son côté, à savoir racheter de la dette publique.

“Plus les mesures déjà annoncées auront des effets faibles, plus un programme de rachat d’obligations publiques à grande échelle deviendra probable”, pour les analystes de Commerzbank.

Mais cette option, considérée par beaucoup comme la dernière cartouche des banquiers centraux, “n’est ni la solution au malaise de la zone euro, ni l’instrument monétaire le plus efficace” pour la région, estiment ceux de la banque Deutsche Bank. Elle est en outre très mal vue par la puissante Allemagne.