Turquie : Erdogan réunit son nouveau gouvernement, rebond des marchés

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Istanbul (Photo : Mira)

[30/12/2013 13:12:51] Ankara (AFP) Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan réunit lundi pour la première fois son gouvernement remanié dans l’urgence du scandale de corruption qui l’éclabousse, sur fond persistant d’appels à sa démission et de rebond des marchés financiers.

Au lendemain d’un week-end où il a dénoncé le “complot” ourdi contre lui et la Turquie, M. Erdogan doit passer le plus clair de sa journée avec ses ministres, puis avec la direction de son Parti de la justice et du développement (AKP), pour faire le point de l’affaire qui menace son régime à trois mois des municipales.

Sûr de lui malgré les défections dans son camp, provocateur, il a battu les estrades samedi et dimanche pour proclamer qu’il triompherait de cette épreuve comme il a survécu à la vague de manifestations dites de “Gezi” qui a fait vaciller son pouvoir en juin.

“D’abord ils ont dit +Gezi+ et ils ont cassé des vitrines. Maintenant ils disent +corruption+ et ils cassent des vitrines”, a lancé M. Erdogan devant des milliers de partisans réunis à Manisa (ouest). “Mais ce petit jeu ne marchera pas. Nous leur donnerons notre réponse dans les urnes”, a-t-il ajouté.

Sur le même ton, son nouveau ministre de l’Intérieur Efkan Ala a une nouvelle fois pointé du doigt la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen.

“Cette structure au sein de l’Etat n’est pas aussi importante que les gens le croient. Ils ne peuvent oser défier l’Etat”, a jugé M. Ala dans le quotidien pro-gouvernemental Sabah.

Longtemps alliée de l’AKP, cette organisation, très influente dans la police et la magistrature, a déclaré la guerre au gouvernement contre son projet de supprimer certaines écoles privées qui constituent pour elle une manne financière.

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écembre 2013 à Istanbul (Photo : Ozan Kose)

La monnaie turque et la bourse d’Istanbul ont repris quelques couleurs lundi, après la sévère dégringolade provoquée la semaine dernière par cette crise.

La devise turque s’échangeait à la mi-journée à 2,1396 livres pour un dollar, contre 2,1492 vendredi, et le principal indice de la bourse stambouliote progressait de 3,2%.

Patrons inquiets

Délibérément optimistes, le ministre des Finances Mehmet Simsek a espéré un ressaisissement “rapide” des marchés et son nouveau collègue de l’Economie Nihat Zeybekçi parié sur leur retour au calme “d’ici la fin de la semaine”.

Mais les patrons de Turquie restent, eux, beaucoup plus inquiets. Plus des deux tiers (71%) de 132 PDG de sociétés turques ou étrangères implantées en Turquie interrogés par le magazine Ekonomist redoutent un sérieux impact sur l’économie du pays, déjà affectée par la crise et la politique monétaire de la Fed américaine.

Les manifestations anticorruption de vendredi soir, sévèrement réprimées à Istanbul et Ankara, n’ont réuni que quelques milliers de personnes dans une dizaine de villes du pays, loin des gros bataillons de la fronde de juin.

Mais les chefs de l’opposition continuent chaque jour à exiger la démission de M. Erdogan.

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écembre 2013 à Istanbul (Photo : Ozan Kose)

“C’est la première fois dans l’histoire de la République turque qu’un Premier ministre défend ceux qui sont impliqués dans la corruption”, s’est ainsi offusqué le président du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kiliçdaroglu.

Depuis le début du scandale, le gouvernement a purgé la haute hiérarchie de la police de plusieurs dizaines de ses cadres, accusés d’être proches du mouvement Gülen, et nommé de nouveaux procureurs pour encadrer ceux qui dirigent l’enquête qui le menace.

Dans une sortie publique inédite, l’un d’entre eux a accusé la semaine dernière la police d’avoir refusé d’exécuter des mandats d’arrêts contre une trentaine de nouvelles personnalités soupçonnées de fraude, toutes proches du pouvoir.

Signe de cette tentative de reprise en main des institutions, un député de l’AKP a évoqué dimanche l’hypothèse d’une réforme législative pour rejuger les centaines d’officiers de l’armée condamnés pour avoir comploté contre le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002. “Afin d’éviter leur victimisation”, a plaidé Mustafa Elias.