Malgré ses dettes, la Grèce laisse dormir son coûteux capital olympique

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ée (Photo : Angelos Tzortzinis)

[12/06/2012 14:29:26] ATHENES (AFP) Sans plus une goutte d’eau, l’installation olympique qui accueillit en 2004 les épreuves de canoë-kayak à Hellénikon, dans la banlieue balnéaire d’Athènes se détériore lentement sous le soleil.

“Cela me fend le coeur de voir ça dans cet état”, soupire un gardien, Nikos, qui avait travaillé sur le chantier. “J’étais là depuis le début. Nous avons dépensé tant d’argent pour aménager ce site, et on ne l’a utilisé que quatre jours”, ajoute-t-il.

Très vite après les Jeux, la Grèce avait été critiquée pour son échec à exploiter des installations qu’elle avait pourtant payé très cher -environ 13 milliards d’euros- faute d’en avoir rationalisé les coûts.

Mais l’amertume de Nikos est désormais à son comble, alors que le pays, au bord de la cessation de paiement, aurait désespérément besoin de faire fructifier son capital olympique.

A plusieurs reprises, les gouvernements successifs ont annoncé des projets de mise en valeur d’Hellénikon, où les vestiges de l’ancien aéroport de la capitale, côtoient les installations olympiques de softball et hockey en sus de celles de canoë-kayak, et une marina de 337 places. Sans résultat.

Le complexe, d’une surface de 620 hectares -près du double de Central Park- débouchant sur 3,5 kms de front de mer est désormais contrôlé par l’Agence publique (www.hradf.gr) créée en 2011 pour piloter un vaste programme de privatisations à la demande des bailleurs de fonds de la Grèce, UE et FMI.

Les investisseurs affichent “doute” et “méfiance”

Son développement serait “le plus grand investissement à faire en Grèce en ce moment. Cela donnerait 0,5 point de croissance, et des milliers d’emplois”, a affirmé à l’AFP le président de ce Fonds, Ioannis Koukiadis.

Pour lui, le retard pris n’a rien d’étonnant, au vu de l’échelle de l’ouvrage: “Pour un tel investissement, les décisions mettent longtemps à mûrir”.

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é, le 11 juin 2012 (Photo : Angelos Tzortzinis)

Neuf prétendants se sont jusque là déclarés à l’issue, début avril, de la première phase d’un appel d’offres pour la concession d’Hellénikon. Mais en mai, le Fonds de privatisation a décidé, passant outre aux réticences européennes, le gel des procédures de privatisation, dans l’attente d’un gouvernement, espéré après les législatives du 17 juin.

“Le paysage politique doit être éclairci. Le suspense n’a jamais été très propice aux investissements”, explique M. Koukiadis. D’autant qu’après le premier scrutin, inconclusif, du 6 mai, les investisseurs ont affiché, selon lui, “doute” et “méfiance”.

Se faisant l’écho de ce que beaucoup de Grecs déplorent, le dirigeant du Comité international olympique, Jacques Rogge, avait admis dans un entretien au quotidien grec Kathimérini que l’addition olympique avait “joué son rôle” dans le dérapage des comptes grecs.

Athènes n’avait pas prévu l’après-jeux Olympiques

“Nous avons exagéré avec ces infrastructures, c’était trop lourd pour nous, et nous avons échoué à planifier pour l’après-Jeux”, reconnaît aussi pour l’AFP Panagiotis Bitsaxis, secrétaire général aux Sports.

Il juge toutefois le bilan olympique positif, avec notamment des ouvrages ayant “changé le visage d’Athènes”, au premier rang desquels le métro, dont la capitale avait perdu l’espoir de se doter.

“Les Jeux ont aidé la Grèce (…) nous ne devons pas les lier” à la crise, plaide-t-il.

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à Hellénikon, inutilisé depuis les Jeux olympiques de 2004, le 11 juin 2012 (Photo : Angelos Tzortzinis)

Mais contrairement à d’autres pays ayant accueilli les Jeux, la Grèce “n’avait pas intégré les plans post-olympiques dans la conception des installations”, pointe également Vassilis Sevastis, président de l’Association grecque d’athlétisme (Segas).

“Presque tous les sites étaient en dur”, ce qui a entravé leur reconversion et coûte très cher en entretien, relève-t-il. Du coup, certaines de ces installations risquent la démolition.

“Jusqu’en 2004, on a exagéré dans la dépense. Depuis, c’est dans la déconstruction du patrimoine olympique que l’on en fait trop”, estime M. Sévastis.

D’autant que la cession des installations aux fédérations sportives locales peut permettre de minimiser les coûts d’entretien: prêté aux associations d’arts martiaux, le stade construit pour la lutte dans la banlieue d’Ano Liosia ne coûte plus que 700.000 euros par an, contre 2 millions quand il était fermé, relève M. Bitsaxis.