Airbus en Tunisie : Une belle victoire de la diplomatie économique


Par ABOU Sarra

L’avionneur européen «Airbus» et sa maison mère le groupe européen de
défense et d’aéronautique (EADS) ont décidé de construire, en Tunisie, une
usine de fabrication des pointes avant d’appareils et autres composants
aéronautiques.

Ce projet était à l’origine développé par l’équipementier sous-traitant
Latécoère, qui avait échoué dans ses négociations avec Airbus pour la
reprise de ses deux sites hexagonaux de Méaulte et Saint-Nazaire Ville
laquelle reprise était une condition sine qua non pour mener à terme cette
délocalisation.

Selon des sources médiatiques concordantes, Latécoère devrait cependant se
contenter de prendre part pour moins de 10% dans le projet Airbus-Tunisie
dont la mise en route est prévue pour fin 2009.
L’objectif de la délocalisation en Tunisie reste toutefois le même. Il
s’agit de construire pour 100 millions d’euros une usine dans le Grand Tunis
qui assemblera les pièces de fuselage fabriquées jusque-là dans les usines
de Méaulte et de Saint-Nazaire, en France.
Airbus Tunisie, qui sera spécialisée dans la tôlerie et les traitements de
surface, devrait créer 1.500 emplois. Airbus bénéficiera d’importantes
incitations : de substantiels avantages financiers et exonérations fiscales,
gratuité des terrains et formation de la main-d’œuvre à la charge de l’Etat
tunisien.
Annoncé en grande pompe, à l’occasion de la visite du chef d’Etat français
en Tunisie (fin avril 2008), ce projet, convoité, également, à l’époque par
le Maroc, constitue, certes, une belle victoire pour la diplomatie
économique tunisienne, mais également un geste de reconnaissance d’Airbus
pour la décision de la Tunisie de lui acheter plus de 19 avions.

Pour Louis Gallois, président du consortium aéronautique européen EADS, a
assuré, le 9 de ce mois, qu’”Airbus a repris ce projet à Latécoère pour
fabriquer, en Tunisie, des pièces classiques et investir en France dans les
productions les plus sophistiquées, notamment les composites».

L’implantation d’une usine en Tunisie, site réputé pour ses coûts bas (par
rapport à l’Europe), est la première d’Airbus en dehors de la zone euro.
Elle vise uniquement à réduire ses coûts.

A l’origine de cette décision, deux facteurs. Le premier est une affaire de
change. Le groupe EADS doit faire face à une contrainte majeure : l’impact
négatif du dollar faible pour l’entreprise, qui vend ses avions en devise
américaine et en supporte la majeure partie de leur coût de fabrication en
euros. «Même le regain de vigueur du dollar, ces jours-ci, ne change pas la
donne», estime M. Gallois.

Le second réside en l’échec du projet de cessions de cinq usines Airbus en
France et en Allemagne à des fournisseurs extérieurs pour répartir les coûts
dans un contexte mondial de crise du crédit. Airbus précise, à ce sujet, que
sur les 650 millions d’économies prévus, 350 millions proviendront d’une
extension des mesures du précédent plan d’économies Power 8 de 2010 à 2012
et 300 millions de l’internationalisation de la production (cas de la
délocalisation en Tunisie).

Last but not least, cette
externalisation-délocalisation-internationalisation d’Airbus est approuvée
du reste au plan politique. Deux jours après la déclaration du numéro 1
d’Airbus, Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la
Consommation, a approuvé la décision d’EADS pour l’implantation d’une usine
en Tunisie. «Lorsque la maison mère EADS a annoncé la création d’une unité
de production en Tunisie, c’est plutôt une opportunité qu’une menace car
plus EADS gagne des parts de marché dans le monde, plus on a des chances
qu’il maintienne des usines dans notre pays (France) et des centres
d’innovation», a déclaré Luc Chatel en réponse aux syndicats qui se sont
inquiétés de cette délocalisation.