Les voix discordantes du web


Par Mohamed Fateh

A en croire le magazine français «Marianne», (ici)
une guerre larvée sévit entre les journalistes et les blogueurs. Les uns
piétinant allégrement les platebandes des autres. L’article ne prend
curieusement pas en compte les journalistes en ligne, qui prennent de
l’importance, même dans des pays à grande tradition de presse. Il est clair
que sur le net, le journaliste s’expose à plus de risques. Celui de se voir
démenti, voire raillé et conspué, par des internautes sarcastiques et sans
pitié !

 

Les articles publiés sur le web, quand ils ont un minimum d’intérêt, n’en
finissent pas de voyager. Ils sont repris, re-publiés sur des… blogs,
commentés, et parfois même déformés ! C’est qu’internet est resté, bon an
mal an, un media hautement participatif. Et même si les commentaires que
suscitent certains articles controversés ne sont pas toujours publiés sur
les sites web dits «sérieux» ou de «références», les internautes peuvent
toujours copieusement les huer sur leurs propres blogs. Une opération qui
peut faire boule de neige. Et le journaliste incriminé se retrouve mis sur
la sellette, englouti sous une avalanche de raillerie. Certains blogs
tunisiens à l’ironie mordante, ont en fait une spécialité. Un spectacle
virtuel devenu courant sur notre web local, friand de lynchage médiatique.
Toutefois, les supports se multiplient à grande vitesse. Les commentaires et
les messages postés prennent parfois le pas sur l’article initial, à
l’origine de la polémique. Détournant (souvent) le flux d’informations, dans
d’autres directions…

 

Le blogueur, le plus souvent amateur, peut toujours fermer son site en
quelques clics. L’anonymat protégeant sa réputation d’honnête homme. Et
après tout ce n’est pas son gagne-pain qui est en jeu. Alors toutes les
audaces sont permises. Surtout dans un paysage médiatique plutôt figé. Les
répliques cinglantes et assassines qui fleurissent sur le net ne sont pas
dénuées d’intérêt. Elles ont au moins le mérite d’émoustiller un lectorat
plutôt habitué au ronronnement. Les commentaires de certains blogueurs
tunisiens (comme notamment
Carpe Diem)
sont même d’une telle qualité, qu’ils auraient pu faire le bonheur de la
presse locale. Mais dans un contexte différent.

 

Le grincement de la scie électronique qui tranche dans le vif de la langue
de bois devient une douce musique aux oreilles blasées et lassées des
refrains dépassés. Mais peut-on pour autant accorder du crédit en prenant
pour argent comptant des rumeurs qui circulent sur le web ? Et si les
citoyens les remettaient en cause, quel choix réel leur resterait-il dans un
contexte où la transparence n’est pas toujours une priorité ?

 

La revendication reste donc clairement la même. L’information est une
marchandise stratégique. Et c’est sa libre circulation, sans entraves
(administratives, cela s’entend), qui garantira les bons choix économiques.
Que ce soit au niveau de l’entreprise, ou même à une plus grande échelle.
Pour ne pas laisser les «amateurs» occuper le terrain, avec toutes les
dérives possibles, encore faudrait-il laisser les professionnels faire leur
travail. Les décrédibiliser ne rend pas service aux institutions. Car elles
devront faire face à un concert de voix assourdissantes (discordantes ?),
incontrôlables. Qui s’élèvent déjà sur le web.