Le sort de MoryGlobal entre les mains du tribunal de commerce

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à Gonesse, le 22 novembre 2013 (Photo : Thomas Samson)

[10/02/2015 09:33:19] Paris (AFP) Le tribunal de commerce de Bobigny a commencé à examiner mardi matin la demande de placement en redressement du transporteur MoryGlobal, né il y a un an sur les cendres de Mory Ducros, dont les 2.200 salariés rescapés sont aujourd’hui “dégoûtés”.

L’audience s’est ouverte à 9H30. Le tribunal a le choix entre ouvrir une procédure de redressement judiciaire et la liquidation pure et simple.

Selon une source proche du dossier, il devrait opter pour la première hypothèse, fixer une période d’observation et désigner un administrateur.

L’histoire se répète. En novembre 2013, Mory Ducros, alors numéro deux du secteur, n’avait pas résisté à la crise de la messagerie et s’était déjà retrouvé en dépôt de bilan, l’un des plus importants du quinquennat et depuis 2001 (Moulinex).

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, s’était personnellement investi dans son sauvetage et avait soutenu l’offre de reprise partielle de l’actionnaire principal, Arcole industries, acceptée en février 2014 au prix de 2.800 licenciements et d’un dur conflit social.

La nouvelle société, MoryGlobal, avait conservé environ 50 agences sur 85, 2.200 salariés et engagé un plan de redressement. Elle visait un retour à l’équilibre en 2016.

Selon Denis Jean-Baptiste, secrétaire du Comité d’entreprise, les salariés sont “dégoûtés” au regard des “efforts faits par tous” (chauffeurs, manutentionnaires, commerciaux et administratifs), depuis un an, pour “retrouver des parts de marché” et réduire les pertes “de 80 millions d’euros à une vingtaine de millions”.

“On remontait doucement mais sûrement la pente”, les salariés sont “abattus”, rapporte également Jean-Pierre Bizon (CFTC). Une liquidation de l’entreprise entraînerait aussi dans le marasme 1.800 emplois en sous-traitance, soit au total “4.000 familles”.

Les salariés sont également “en colère après Arcole”, l’actionnaire, affirme M. Jean-Baptiste alors que les syndicats accusent le fonds géré par André Lebrun d’organiser, pour la deuxième fois, la faillite de l’entreprise. “M. Lebrun veut s’en débarrasser et comme toujours, il fuit ses responsabilités”, assène Rudy Parent, délégué CFDT.

– “Troisième RJ en 4 ans” –

Comme beaucoup, M. Jean-Baptiste s’attend à vivre son “troisième RJ (redressement judiciaire) en quatre ans” et avoue “ne pas être optimiste”. En cas de redressement, la destinée de MoryGlobal se jouera, dit-il, le 25 février, cette fois devant le tribunal de commerce de Pontoise, “prochaine étape”.

Vendredi, Arcole avait reporté la responsabilité de la situation sur les syndicats autant que sur le tribunal de Pontoise qui n’a, selon lui, “pas autorisé” une vente d’actifs immobiliers qui pourrait donner une bouffée d’air à l’entreprise.

La décision n’est en réalité pas prise et sera rendue le 25 février.

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à Limeil-Brevannes le 29 janvier 2014 (Photo : Thomas Samson)

Selon M. Jean-Baptiste, le tribunal est prêt à autoriser ces ventes (pour 12,5 millions dans un premier temps, 25 millions au total) à deux conditions: que “Bercy accepte d’étalonner la dette sociale” et qu’Arcole “amène de l’argent frais”. Mais l’actionnaire “ne le fera pas”, dit-il.

Le fonds a certes promis “3 millions pour Noël” mais en fixant des exigences qu’il n’est pas possible de réunir toutes, dit-il.

En riposte, les syndicats demandent à Arcole des comptes. Ils affirment que le fonds a retiré il y a quelques mois de la trésorerie de MoryGlobal 7,5 millions d’euros sur les 17,5 millions injectés par l’actionnaire en 2014 pour remettre l’entreprise à flot.

La CFTC a annoncé qu’elle déposerait plainte mardi auprès du parquet de Bobigny, conjointement avec le CE, pour demander des “éclaircissements sur cette rétrocession”.

Selon les syndicats, Arcole aurait invoqué un “accord” de Bercy. Cette rumeur alimente les critiques envers l’Etat, qui “nous laisse maintenant couler”, déplore M. Bizon. Celui-ci n’a plus qu’un seul espoir: qu’un “nouvel actionnaire” se présente.