Grève des trains en Allemagne : les conducteurs veulent s’attaquer au fret

 
 
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Train de la Deutsche Bahn en gare de Hanovre, le 4 octobre 2007 (Photo : John Macdougall)

[04/11/2007 11:44:39] BERLIN (AFP) L’Allemagne se prépare au cours de la semaine à venir à une extension de la grève des conducteurs de trains: le conflit, limité jusqu’à présent aux lignes régionales et urbaines, pourrait s’étendre dès mardi au transport de marchandises.

Le syndicat des conducteurs de trains GDL a en effet annoncé dimanche qu’il pourrait décider “mardi ou mercredi” de déclencher des grèves immédiates sur les lignes de fret, ce qui aurait d’importantes conséquences sur l’économie allemande.

“Nous donnons à la Deutsche Bahn jusqu’au début de la semaine prochaine pour nous faire une nouvelle proposition améliorée”, a déclaré au journal dominical Bild am Sonntag le vice-président du syndicat GDL, Claus Wesselsky.

Dans le cas contraire, ou si les propositions de la direction étaient jugées insuffisantes, l’équipe dirigeante du syndicat pourrait déclencher des grèves immédiates. “Mais d’abord seulement sur le fret, car nous voulons pour le moment épargner les usagers des lignes régionales, qui ont été très touchés ces derniers temps”, a ajouté M. Wesselsky.

La direction de la compagnie de chemins de fer Deutsche Bahn (DB), que le petit syndicat défie depuis des mois pour réclamer une convention collective séparée et une augmentation de salaire de 30%, a répété à plusieurs reprises qu’elle ne présenterait pas de nouvelle offre aux grévistes.

Mais la décision vendredi du tribunal du travail de Chemnitz (Basse-Saxe, est) de lever les restrictions sur le droit de grève des conducteurs, permet clairement à GDL de faire monter la pression.

Car si les quatre grèves courant octobre –qui ont touché jusqu’à 50% du trafic régional et urbain– ont déstabilisé la Deutsche Bahn, des arrêts de travail dans le fret entraîneraient eux d'”immenses” dommages, selon les propos d’un membre du directoire, Norbert Bensel.

L’Institut d’économie allemand (DIW) a estimé le coût d’une grève dans le transport de marchandises à jusqu’à 50 millions d’euros par jour.

Dans ce secteur, la DB transporte chaque jour l’équivalent de 100.000 poids lourds, pour un chiffre d’affaires quotidien de 12 à 16 millions d’euros.

En Allemagne, un axe majeur pour les lignes de fret européennes nord-sud et est-ouest, 50% du minerai de fer importé est transporté par le rail, tout comme 35% du charbon importé et 30% de la production de tôle d’acier.

Les industriels allemands ont déjà exprimé leurs craintes, en particulier dans la puissante industrie automobile et dans la sidérurgie.

“Une grève aurait des conséquences dramatiques pour l’économie (…), l’impératif du moment est de reprendre les négociations rapidement”, a lancé le ministre des Transports Wolfgang Tiefensee dans une interview parue samedi.

Si les débrayages dans le fret ne font pas céder la Bahn, GDL pourrait, dans un deuxième temps, étendre son mouvement au trafic grandes lignes, et ainsi toucher le talon d’Achille de la DB, qui transporte 10 millions de passagers par jour.

Pour le patron de la Bahn, Hartmut Mehdorn, il ne s’agit pas d’un simple bras de fer mais de la confrontation de deux perceptions du monde de l’entreprise dont l’issue risque d’avoir un impact déterminant en Allemagne.

Dans une lettre envoyée jeudi à la chancelière Angela Merkel, il met en garde contre le danger qu’entraînerait pour le “partenariat social” une multiplication des conventions collectives.

Le “partenariat social”, un système de cogestion entre syndicats, directoire et conseil de surveillance a assuré à l’Allemagne, pendant des dizaines d’années, une relative paix sociale, et lui a notamment permis d’éviter des grèves “à la française”.

 04/11/2007 11:44:39 – © 2007 AFP