Les marchés absorbent le choc italien et veulent croire à une solution

photo_1362060826245-1-1.jpg
La Bourse de Milan en 2012. (Photo : Giuseppe Cacace)

[28/02/2013 14:19:52] PARIS (AFP) Les marchés financiers ont fait preuve d’une résistance surprenante au choc politique issu des élections italiennes, convaincus qu’une coalition se formera dans le pays et confiants dans le volontarisme des banques centrales en Europe et aux Etats-Unis.

“Le marché a maintenant appris à vivre avec ce sentiment d’incertitude politique en zone euro. Il profite aussi du fait que le climat s’est apaisé depuis plusieurs mois sur le front de la crise de la dette”, résume Renaud Murail, gérant chez Barclays Bourse.

Les principales places boursières européennes se sont rapidement remises sur pied après avoir essuyé de lourdes pertes mardi dans la foulée des résultats du scrutin. De leur côté, les taux d’emprunt en Espagne et en Italie ont nettement reculé mercredi, après s’être fortement tendus.

“Il n’y a plus le même sentiment d’urgence”, selon M. Murail, contrairement aux élections grecques de juin 2012, où le pays avait rapidement besoin d’un gouvernement pour éviter la faillite et recevoir l’aide européenne.

Les investisseurs profitent d’une période de relative accalmie en Italie puisque le Parlement devra se réunir au plus tard le 15 mars comme le prévoit la Constitution, ce qui laisse du temps pour trouver une solution.

“Les marchés accordent au pays le bénéfice du doute. Ils misent sur le fait que les principaux partis ne veulent pas de nouvelles élections et qu’on aura une coalition”, malgré l’impasse politique actuelle, souligne René Defossez, stratégiste chez Natixis.

Qui plus est, l’Italie a passé sans encombres son premier test sur les marchés, en empruntant mercredi 6,5 milliards d’euros à moyen et long terme, en attirant en nombre les investisseurs.

La situation sur le marché de la dette italienne est donc encore loin d’être celle de novembre 2011 quand les taux étaient au plus haut.

“Il faut mettre en place les conditions, faire les choses et communiquer pour que cela ne se reproduise pas”, a estimé Ignazio Visco, le gouverneur de la Banque d’Italie, dans le quotidien Il Sole 24 Ore jeudi.

“Les six prochains mois seront horribles, les pires des cinquante dernières années. Nous toucherons le point le plus aigu de la crise, puis nous commencerons à remonter la pente”, a pronostiqué de son côté le président de la principale fédération patronale Confindustria, Giorgio Squinzi, dans un entretien publié jeudi par le journal La Repubblica.

Guglielmo Meardi, professeur à la Warwick Business School, juge toutefois qu”il est très prématuré de paniquer”, puisque l’Italie est habituée à l’instabilité parlementaire et bénéficie d’une situation budgétaire honorable.

Au-delà de l’Italie, les marchés savent qu’en cas de dégradation brutale de la situation, la Banque centrale européenne (BCE) se tient prête à agir, sur demande du pays, en servant de “garde-fou”, rappelle M. Defossez.

Seul problème, préviennent les analystes, si la BCE doit activer son programme de rachat de dette publique, il faut qu’un gouvernement soit en place pour demander l’aide et appliquer en échange des mesures d’austérité.

Plus généralement, “les banques centrales, en particulier aux Etats-Unis, ont confirmé dans de récents discours qu’elles ne changeraient pas leur politique monétaire ultra-accommodante, ce qui permet de fournir des liquidités abondantes au marché”, selon M. Murail.

Si les politiques des banques centrales devraient permettre d’éviter, sauf catastrophe, une dégringolade des marchés, ces derniers pourraient rester toutefois plus volatils.

Au total, selon M. Defossez, il faut souhaiter, comme le pense la BCE, qu’il y ait une reprise économique au second semestre, sans quoi les efforts de réduction des déficits seront vains et même dangereux pour la zone euro, au prix d’une explosion du chômage et d’un vote contestataire toujours plus fort.

“Le marché n’a pas fini d’avoir des poussées de stress, au fil des prochaines élections dans des pays en difficulté ou même réticents à la solidarité européenne, tout cela dans un environnement économique préoccupant”, prévient-il.