Grande-Bretagne : Brown qualifie la crise de “dépression”, lapsus selon Downing Street

[04/02/2009 15:13:03] LONDRES (Royaume-Uni), (AFP)

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évrier 2009 à Londres (Photo : Carl de Souza)

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a utilisé mercredi le mot de “dépression” pour décrire la situation économique mondiale, mais son porte-parole a laissé entendre ensuite qu’il s’agissait d’un lapsus, selon la BBC.

M. Brown, qui s’exprimait lors de la séance hebdomadaire de questions au Premier ministre à la chambre des Communes, a estimé que “le monde devrait se mettre d’accord sur un plan de relance monétaire et budgétaire qui sorte le monde de la dépression”.

Il a un peu buté sur les mots avant de dire “dépression”, prononçant d’abord la première syllabe de ce qui semblait être “récession”.

Les dirigeants internationaux ont jusqu’à présent évité l’utilisation de ce mot, qui décrit une récession profonde et durable, comme la crise des années 30.

Le porte-parole de Downing Street, cité sur la BBC, a assuré que M. Brown ne pensait pas que le monde était en dépression. Alors qu’on lui demandait s’il s’agissait donc d’un lapsus, il a répondu que c’était ce que l’on pouvait en déduire.

Le 10 décembre, M. Brown avait commis un lapsus qui avait provoqué l’hilarité de la chambre des Communes, et déclarant que son gouvernement avait “sauvé le monde” avec son plan de sauvetage des banques, avant de se reprendre en disant “sauvé les banques”.

M. Brown a parlé mercredi de “dépression” à la suite d’une question du leader conservateur David Cameron sur des mesures protectionnistes contenues dans le plan américain de sauvetage de l’économie, et au moment même où les raffineries britanniques connaissent des grèves liées à l’emploi d’ouvriers temporaires étrangers sur un projet d’extension de la raffinerie Total de Lindsey (nord-est de l’Angleterre).

“Le plus grand danger auquel le monde fait face est un retranchement dans le protectionnisme” (…) a-t-il dit, ajoutant qu’il “faut avant toute chose signer l’accord de Doha (de l’Organisation mondiale du Commerce, OMC, ndlr) et cela figurera sur l’agenda du G20” que préside le Royaume-Uni cette année, a-t-il prévenu.

“Ensuite, nous devrions nous assurer que chaque pays fait l’objet d’une analyse de l’OMC sur les mesures qu’il prend contre le protecionnisme”, a lancé M. Brown juste avant de lancer son appel à un plan de relance mondial “qui sorte le monde de la dépression”.

Le porte-parole des Finances au parti conservateur (opposition), George Osborne, a aussitôt demandé une clarification sur ces propos, afin de savoir si “la langue de M. Brown a fourché ou s’il sait quelque chose que nous ne savons pas”.

“Les Premiers ministres, en particulier, devraient être très prudents sur les mots qu’ils utilisent pour assurer qu’ils ne sapent pas la confiance”, a-t-il dit.

Le mot de “dépression” agite invariablement le spectre de la crise de 29.

Il a été récemment prononcé par des responsables, mais généralement sous l’aspect “comment l’éviter”.

La banque d’Espagne a jugé fin décembre néanmoins qu’une “grande dépression” était possible, dans le cadre du “manque de confiance total” actuel. La commissaire à la Concurrence européenne, Neelie Kroes, a estimé début janvier que les tendances au protectionnisme actuellement visibles “dans certains pays” rappelaient “la dépression des années 30”.