Prêts immobiliers : la baisse des taux enclenchée mais le crédit reste rare

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à Paris, de panneaux indiquant la mise en vente d’appartements anciens. (Photo : Patrick Kovarik)

[07/01/2009 12:11:51] PARIS (AFP) Les taux d’interêt des emprunts immobiliers ont commencé à baisser en décembre, pour la première fois depuis 2005, mais ce repli ne suffira pas à relancer les ventes de logements, les crédits restant difficiles à obtenir.

En décembre, les taux des prêts se sont établis en moyenne à 5.01% (5,04% pour l’accession dans le neuf et 4,96% dans l’ancien) contre 5,15% en novembre, selon une étude de l’Observatoire Crédit Logement/CSA publiée lundi.

“Il s’agit du premier recul depuis la fin 2005”, souligne Michel Mouillart, professeur d’économie à l’Université Paris X-Nanterre.

Avec l’aggravation de la crise financière et la crise de liquidité rencontrée à l’automne 2008, la hausse des taux s’est poursuivie jusqu’en octobre et s’est interrompue en novembre.

“Les banques répercutent les récentes actions de la Banque centrale européenne (BCE)” qui a diminué à trois reprises depuis octobre son principal taux directeur, tombé aujourd’hui à 2,50%, explique Maël Bernier-Resch, porte-parole du courtier en ligne Empruntis.

“Le financement interbancaire reprend des couleurs, ce qui diminue le risque de manque de liquidité des banques et leur permet de prêter moins cher”, commente pour sa part M. Mouillart.

Et d’ajouter que dans un contexte économique très difficile, “les établissements sont aussi obligés de réduire leurs taux afin de relancer la demande en crédit”.

La baisse devrait se poursuivre pendant les prochains mois. L’Observatoire Crédit Logement anticipe ainsi un taux moyen de 4,50 % dès le printemps 2009 tandis que le courtier en ligne Empruntis table sur des prêts à 4,75% en 20 ans et à 4,85% en 15 ans.

Aucune chute spectaculaire n’est toutefois à attendre, selon les experts. “On ne va pas arriver à des taux aussi bas que 4%”, estime Mme Bernier-Resch.

“Les banques ont tiré les leçons de la crise des subprimes et se refusent désormais à prêter à perte comme elles le faisaient en 2005. Elles se gardent une marge de sécurité”, ajoute-t-elle, rappelant que “5% reste un taux historiquement bas. En 1993, on empruntait à 9,10%”.

Dans tous les cas, ce repli des taux ne semble pas à même de relancer à lui seul le marché de l’immobilier.

“Ce recul ne peut rien contre le manque de confiance ambiant ni contre la remontée du chômage, pas plus qu’il ne mettra un terme aux problèmes de liquidité des établissements bancaires encore trop importants”, juge René Pallincourt, président de la la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM).

“La BCE a fait son travail, il faut maintenant que les établissements bancaires assouplissent les conditions d’octroi des crédits qui restent très difficiles à obtenir”, indique pour sa part Bernard Cadeau, président d’Orpi, le premier réseau d’agences immobilières de France avec 1.450 points de vente.

“20 à 25% de nos clients renoncent aujourd’hui totalement ou partiellement à leur projet immobilier par manque de financement bancaire”, estime-t-il.

Une difficulté d’obtention des crédits dénoncée fin décembre par l’Institut national de la consommation (INC) qui déplore que les banques “profitent de la confusion actuelle pour augmenter leurs marges et rejeter les dossiers présentant le moindre risque”.

Enfin, souligne Mme Bernier-Resch, sans réelle baisse des prix de l’immobilier, il sera impossible de relancer le marché, même avec des taux encore plus bas.