|
Le réveil de mon portable retentit, je l’ai précipitamment arrêté
pour replonger encore un «p’tit quart d’heure» dans ce paradis. Voici la
suite de l’histoire : Sfax, comment je t'ai vu dans mon rêve.
Le
train, avec ses drapeaux multicolores vient de pénétrer dans l’espace
Taparura, des immeubles majestueux sont bordés de plantes géantes
ressemblant à des cocotiers: adieu les façades toutes vitrées, plusieurs
architectes ont finalement compris qu’il faut tourner la page. Par contre,
le côté «sud-est» des immeubles montre, discrètement sur les toits, des
panneaux à «cellules photovoltaïques», la STEG achète maintenant ce que
produisent les particuliers comme énergie propre ce qui réduit sensiblement
le montant de la facture à payer.
Les
voies sont propres et extrêmement larges, les trottoirs aussi, les voitures
peuvent maintenant se garer sans difficulté, aucune bosse ni trous dans la
chaussée, on a l’impression qu’on ne roule pas mais plutôt on glisse, avec
la réflexion des rayons solaires on dirait un miroir.
On
s’approche maintenant de la côte, les couleurs vives des parachutes me
rappellent que je suis vraiment en vacances et que je vais «les prendre»,
ces vacances, eh oui, sur ma terre natale !
La
plage est artificielle mais splendide, son entretien est régulier : tous les
ans un «bateau-pompe» assure son engraissement en sable à «débris de
coquilles» provenant de la bordure du chenal sous-marin Sfax-Kerkennah.
Petit interlude technique : le sable de cette plage, qui s’étend sur 3 km
environ, est à composante coquillière : ce sable est donc plus fragile que
celui des autres plages tunisiennes à éléments quartzeux ; avec les millions
d’estivants chaque saison, les débris de coquilles sont broyés, et par
conséquent, on produit beaucoup trop de fines particules, ce qui a pour
conséquence de détériorer sa qualité. La solution à court terme est de
l’alimenter régulièrement par du sable de même source. Mais depuis quelques
années et dans le cadre d’une planification intégrée de l’espace côtier et
après la dépollution de la côte sud et la disparition du gigantesque dépôt
d’ordures ménagères autrefois incinérées à ciel ouvert, l’aménagement
ingénieux de cette côte de la ville a soulagé cette plage de Taparura, les
estivants se tournent désormais vers les plages de Nakta-Chaffar-Mahres, les
circuits santé et vers les nombreux parcs de loisir ….
Notre train touristique (TTs) quitte le quartier de Taparura, il avance vers
l’Hôtel de ville (Mairie), les plantes et grands arbres de l’enceinte de ce
bâtiment monumental, autrefois servant d’arrière-plan pour les photos des
mariés, ont refait surface. En face, «le jet d’eau» a enfin retrouvé le
sourire, un très beau monument cubique sculpté dans du calcaire, s’érigeant
sur un ensemble de cascades d’eau ruisselante et étincelante, des gravures,
tout juste symboliques, évoquent les principales spécificités de la région.
Pour
orienter le visiteur, un grand panneau bleu turquoise indique plusieurs
destinations : Le Grand Port Commercial - Zone franche - Port de Pêche -
Hydroglisseurs des Kerkennah - Taxi-vedettes et Bac des Kerkennah - Marina
de Sfax.
TTs
avance vers la mer puis s’arrêta : j’ai finalement vu par mes propres yeux
le petit pont bleu «mobile!» de la «Marina» se dresser majestueusement pour
laisser entrer dans ce «Chott Elkrekna» trois petits voiliers touristiques.
Pas une voiture dans le secteur, les rues bordières sont toutes piétonnes.
De
part et d’autre du «Muséum de la pêche», des petites gargotes offrent du
poisson grillé, des calamars dorés et des boissons fraîches. Les enfants,
tenant de grands ballons volants, se régalent dans la joie d’«Ice-cream» et
de jus de fruits. Ils ont même droit à la visite de l’aquarium ainsi qu’à
des jeux spectaculaires sur la presqu’île… Ah si mon enfant, parti depuis
longtemps, était encore petit ce jour là !
TTs
avance et vire légèrement vers la droite, la voix féminine annonce notre
passage à côté de l’Espace Taïeb M’hiri. Je suis tout simplement fasciné
voire envoûté, je ne crois pas mes yeux, bien qu’au fond de moi surgit un
sentiment assez spécial : à cet endroit on a partagé avec les autres
supporters de mon club des moments de joie même lorsque mon équipe de «foot»
est perdante. Oh mon Dieu, quel complexe, c’est grandiose: trois grosses
colonnes, on dirait des cylindres en cristal, s’érigeant sur les trois côtés
d’un immense jardin triangulaire, ils font apparaître plusieurs ascenseurs
panoramiques menant à un immense centre commercial, culturel et de services
de plusieurs étages, on a l’impression que ce bâtiment colossal est
flottant. En regardant vers le bas, les yeux se régalent de verdure,
l’immense jardin, au pied et sous ce gigantesque ouvrage s’étend encore plus
loin et vient se confondre avec l’ancien Zoo et ses «circuits-santé».
Les
allées sont bordés de plusieurs rangées de fleurs entre lesquelles on a
placé des bancs à petites tablettes en «bois imité», des dizaines de jeunes
et moins jeunes munis de leur «labtops» ont choisi de surfer sur Internet
dans ce cadre très agréable puisque le wimax «3ème Génération» est
maintenant généralisé. Certains préfèrent prendre leurs cours à distance et
dialoguent instantanément via le petit écran avec leur professeur ou tuteur,
d’autres préfèrent regarder un documentaire sur une chaîne télé via
internet. L’ère de la parabole «fixée sur les toits» est terminée.
A
l’arrivée à un grand carrefour, TTs choisit de prendre le boulevard de
l’Environnement, c’est la sortie pour la banlieue Sud : l’espace balnéaire
par excellence. Ce boulevard est toujours au même endroit mais la différence
est de taille : ni le regard ni les poumons ne sont dérangés par les
épaisses colonnes de fumées gris blanchâtres du fond, pas la trace d’une
poussière, pas la moindre odeur, les plantes ont retrouvé une nouvelle
jeunesse ; on peut maintenant rouler avec les vitres baissées.
L’éclairage public ainsi que les balises bordant la chaussée pour
l’indication nocturne ont un fonctionnement 100% solaire. Les gens, par
groupe, attendent devant des stations de «transport en commun», on a le
choix entre le métro léger ou les petits bus bleus. Plus besoin d’acheter un
ticket, pour régler, il suffit de glisser son porte-monnaie électronique
(sorte d’une mini carte à puce) sur un petit écran à l’entrée du bus ou du
métro.
Une
flèche indique vers la gauche la direction des Salines, elle est gravée sur
un grand cube de cristal limpide, comme pour rappeler la nature même du sel.
Cet espace devient également une attraction touristique.
Immédiatement vers le Sud, en s’approchant du rivage, on traverse une large
bande verte de grands arbres puis des arbustes fleurissants avant d’arriver
à la plage. En fait, depuis le grand succès de «Taparura-plage», la bonne
formule est appliquée immédiatement à la sortie sud de la ville : tout en
libérant la dérive littorale naturelle, une alimentation artificielle en
sable sur six kilomètres environ a été tout de même nécessaire pour donner à
cet espace côtier la splendeur qu’il mérite. Des banderoles publicitaires
affichent : Centre d’Argilothérapie, Centre de Thalassothérapie - Hôtel-club
les Remparts - Hôtel Murex - Hôtel «Halimeda Tuna» du nom de la sacrée algue
carbonatée qui tapisse les hauts fonds marins de la région. Il semble même
que l’investissement soit purement tunisien suite à la prolongation
exceptionnelle de quelques petites années de la production des dérivés des
phosphates avant la délocalisation de l’usine.
TTs
prend la route rapide à deux voies, on laisse à droite un panneau indiquant
l’entrée vers l’autoroute A4 menant jusqu’à Tripoli puis Le Caire ; il
traverse maintenant le parc de Thyna et son prestigieux phare, le jardin
botanique et les fameuses ruines romaines restaurées.
Trois kilomètres plus loin, toujours dans la direction de
Nakta-Chaffar-Mahres, c’est l’émerveillement total, tout les 2 km ou
presque, une gigantesque piscine d’eau de mer pompée, traitée, renouvelée en
permanence attirent des clients de toute catégorie, les enfants sont plutôt
orientés «toboggan» et autres jeux aquatiques ; les nostalgiques préfèrent
prendre un thé vert aux amandes dans le calme au bord de la mer tout en
regardant vers les ramasseurs de crabes et de clovisses, à basse marée.
Quand je pense que Barcelone a vécu une histoire semblable à celle de Sfax,
là je suis ravi de constater que «Sfax bat Barcelonne 2-0 sans appel» !
Enfin, on arrive sur les plages dorées du «delta». C’est le «Nakta-Chaffar-Mahres»
ou comme on l’appelle aujourd’hui le «NCM Beach». Ouvrez «Google Earth»,
jetez un coup d’œil sur les deux «traînées blanchâtres» en mer de part et
d’autre de l’embouchure de l’Oued Chaffar, vous allez vous rendre compte
vous-mêmes, c’est très beau, n’est-ce pas ? Il s’agit de «flèches
sableuses», bref : d’immenses plages à sable quartzeux fin doré s’étendant
sur environ 8 km. Eh oui, la plage n’est pl! us seulement celle qui se
trouve en face du village balnéaire central mais bien au-delà, car on a
réussi à combler les zones marécageuses et à relier les corps sableux des
«deux flèches» avec la terre ferme.
Tout
un complexe d’hôtels sur plusieurs kilomètres a pris place sur la zone
remblayée, des touristes à vocation classique, des touristes passionnés de
culture et d’histoire, des scientifiques, des hommes d’affaires et
commerçants des cinq continents se réunissent ici, c’est plus agréable au
soleil, on se détend et on mange mieux, ça coûte beaucoup moins cher que
d’être dans un hôtel à Milan, Paris ou Londres, y compris la location des
salles pour visioconférence à distance; l’aéroport est à 15 mn en voiture
via le périphérique, Milan est seulement à 2 heures d’ici.
Sfax, en dehors de ses activités classiques (agricoles, pétrolières et de
service), devient une plaque tournante du commerce méditerranéen et
international mais également du tourisme écologique, culturel et
scientifique. Justement, des circuits touristiques scientifiques sont
organisés toutes les semaines à partir d’ici, plusieurs destinations sont
desservies: les chaînes montagneuses du centre et du Sud, les laboratoires
grandeur nature du Sud-Est, les sebkhas et les grands Chotts, le Sahara
tuniso-libyen, Tamanrasset, Janet, le Hoggar… Tout le monde trouve son
bonheur : historien, géographe, géologue, botaniste, archéologue et tous les
autres amoureux de la nature et qui veulent croquer la vie à pleines dents.
Mon
«VP» sonne 1 fois, puis continue à clignoter pour m’avertir que j’ai un
appel vidéo-phonique, c’est mon fils que je n’ai pas vu depuis longtemps qui
m’appelle depuis la Gare de Tunis et qui demande de mes nouvelles, je lui ai
dit que tout va merveilleusement bien. Je vois sur mon petit écran qu’il
n’est pas tout seul ; il me demande aussi si je peux venir le chercher à la
«Gare-Nord» de Sfax dans 55 mn, je n’ai pas pu me retenir et je commence à
avoir les larmes aux yeux, j’ai compris qu’il voulait me faire deux
magnifiques surprises : me présenter sa future femme et m’emmener visiter
son nouvel appartement sur les «bordures» de «NCM Beach». Il a décidé, tout
comme moi, de se réinstaller définitivement dans sa région natale.
Enfin (The End): j’entends la voix de mon enfant «quand il était encore tout
petit» : «Papa, Papa, Papa, réveilles-toi, t’as pas l’habitude de rester au
lit comme ça ! Oh STP, je risque de rater mon école» ; j’ouvre finalement
les yeux, je me rends compte qu’on est encore au mois de mai 2007 ; il est
7h15, je dois vraiment me dépêcher… une pulvérisation dans chaque narine
avant de glisser mon «spray buccal» dans la poche puis de me retrouver en
plein milieu de la circulation. |