Si
Mokhtar Latiri s'est éteint le vendredi 20 avril 2007 à La Goulette, chez
lui, entouré de l'affection des siens, à l'âge de 81 ans. Quelques années
après la disparition du regretté Tahar Amira, voilà que la Tunisie des
bâtisseurs perd une autre figure d'exception.
Ingénieur diplômé de l'École Polytechnique à Paris (promotion 1947), puis de
celle des Ponts et Chaussées (promotion 1951), Si Mokhtar fut, dès
l'Indépendance, l'un des promoteurs du développement de la Tunisie. On lui
doit des réalisations majeures telles que les aéroports de Tunis-Carthage,
de Skanès-Monastir, de Jerba, le port de Gabès, le complexe Port El Kantaoui,
plusieurs routes (Le Kef, Korbous, …) et des centaines d'ouvrages d'art.
Plus récemment, il a contribué aux grands chantiers initiés par la
présidence de la République parmi lesquels le complexe sportif de Radès, la
station touristique de Yasmine Hammamet et la Mosquée El Abidine de
Carthage.
En outre, il a été à l'origine de l'informatisation du pays à grande
échelle, avec des projets pionniers comme celui du Centre National de
l'Informatique ou de l'IRSIT, premier nœud Internet connectant le pays à la
grande toile.
Avec la fondation de l'Ecole Nationale des Ingénieurs de Tunis, il a
contribué à la formation de générations de cadres techniques et
scientifiques dont la Tunisie avait besoin pour son développement. Il est à
l'origine de la «filière A», réservée aux meilleurs bacheliers
scientifiques, qui a permis à des centaines de jeunes Tunisiens d'intégrer
les grandes écoles d'ingénieurs françaises.
Ce bâtisseur a marqué ses disciples par un sens aigu de la probité tant
intellectuelle que matérielle. Il a valeur d'exemple pour des générations de
Tunisiens. L'un des trois mousquetaires de Bourguiba -avec Si Abdelaziz
Zenaidi «colonne vertébrale de la construction du pays» (la formule est du
Combattant Suprême) et Si Lassaad Ben Osman, auteur de l'aménagement de la
vallée de la Medjerda et de son ingénieux ensemble de barrages
hydroélectriques- Si Mokhtar a été un grand visionnaire parfois en avance
sur son temps.
C'était un homme d'une immense culture scientifique mais aussi un
intellectuel et un humaniste de grande érudition. Le caractère
encyclopédique de son traitement des grandes questions contemporaines
déroutait souvent ses interlocuteurs. Ses propos étaient empreints de
profondeur, sans concession, fruits d'une curiosité sans bornes. Son
franc-parler était légendaire, il était passionné mais aussi chaleureux et
plein d'humour. Avec lui, il n'y avait pas de place pour la médiocrité !
Si cette intelligence rare paraissait parfois intransigeante, Si Mokhtar
savait être sensible, attachant et paternel avec les ingénieurs tunisiens
qu'il considérait comme ses enfants spirituels. Il les aidait, il les
orientait et il les mettait en avant lors des innombrables inaugurations
d'ouvrages conçus sous sa responsabilité.
Repose en paix cher Keidoum ! Car tu sais plus que quiconque que la Tunisie
que tu as chérie de tout ton être a cette extraordinaire faculté de générer
des hommes et des femmes d'exception. Ils reprendront le flambeau, celui que
tu as allumé avec le feu de l'amour de la patrie, du dévouement et du génie
créateur et continueront de te donner des raisons d'être fier.
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