Comme d’habitude à tous les Ramadans que Dieu a créés, Abdelkader Nouri, citoyen
honnête, père de famille de 3 enfants et leur valeureuse mère, «smigard» de son
état avec quelques arrangements, s’échine 30 jours durant à joindre les bouts de
la ficelle, très tendue, entre son salaire et les dures réalités du brick à
l’œuf !
Le problème premier avec le mois saint a toujours été le fait qu’il y a un loyer
à payer avec ! Ce qui serait formidable pour M. Nouri, c’est que le mallek jeûne
ce mois et ne vient pas lui soutirer les 120 DT de loyer. Mais il faut ce qu’il
faut et il faut payer.
Après, les comptes sont aussi faciles qu’une addition que son fils Mondher, en
5ème année primaire sait faire. Le lait est toujours aux environs de 1 DT,
l’huile de soja chez l’épicier du coin est à 1DT aussi, comme le sucre, le 100 g
de fromage râpé, les 2 x 4 œufs du brick, et comme beaucoup d’autres choses qui,
progressivement, s’alignent sur le prix de 1DT, peut-être pour faciliter les
calculs justement.
Il fut un temps où la viande de poulet était accessible à un prix abordable et
Abdelkader achetait de temps en temps un poulet entier pour les enfants qui
étaient heureux et en redemandaient ! Maintenant le poulet commence à augmenter
en prix comme il est démuni en saveur et Si Abdelkader n’arrive à acheter qu’un
morceau à un dinar de temps en temps !
Pour le plat de la famille en Ramadan, la femme d’Abdelkader Nouri s’ingénue à
trouver des solutions, mais en sortant des macaronis, elle se retrouve avec le
couscous, que les enfants n’aiment pas trop, ou au meilleur des cas avec les
pommes de terre en sauce ; et M. Nouri se contente généralement au séhour d’un
bol de bsissa !
Et voilà maintenant que l’Aïd coïncide avec la rentrée scolaire ! Cette année la
petite Sarra a 6 ans et elle entre à l’école avec ses deux frères. Si Nouri doit
faire la part des choses ! De toute façon, il ne peut pas acheter grand-chose au
comptant. Pour les livres et les cahiers, le Libraire lui fera crédit sur deux
mois comme d’habitude, et pour les vêtements on se débrouillera avec les fripes
et ce qu’on a !
En rentrant des Traouihs, Abdelkader Nouri se demande chaque soir si le chantier
où il travaille va continuer après le Ramadan ? Il implore Dieu et se dit que
l’essentiel est d’avoir la bonne santé !