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  • Tunisie - Finance: Assurances Salim, small and beautifull
  • Par Amel Belhadj Ali

  • La force tranquille, une expression tout à fait appropriée pour décrire Ali Hammami, DG des Assurances Salim, celui qui est en train de conduire l’opération d’introduction de cette jeune compagnie d’assurance en Bourse.
  • «L’idée pour une introduction en Bourse a germé depuis plusieurs années mais il y avait une certaine préparation à faire, un système d’information à stabiliser, un réseau d’agents d’assurance à développer, des jeunes cadres à recruter ou à former en intra. Nous avons commencé sérieusement cette opération, il y a trois années. Nous sommes sur le marché depuis 15 ans et nous estimons être assez mûrs pour être cotés ; bien sûr tout n’est pas parfait mais l’essentiel a été fait». L’essentiel, c’est 80% de refonte pour un système d’information désuet et qui ne répondait ni à l’évolution du secteur ni à ses nouvelles exigences, le recrutement de cadres compétents et expérimentés pour le renforcement des effectifs de Salim et la consolidation du réseau.

    L’introduction de Salim en Bourse se fera via une augmentation du capital de 3,3 MDT, par l’émission de 660.000 nouvelles actions aux prix unitaire de 15 DT. Le personnel de la compagnie sera associé à son capital, ce qui représente un motif suffisant pour le fidéliser et l’impliquer encore plus dans les affaires de sa compagnie.

    Classée 11ème du secteur, les assurances Salim occupaient tout juste 2,9% de parts de marché à fin 2008 et 3,2% à fin 2009, néanmoins leur rentabilité financière ne fait pas l’ombre d’un doute et est largement supérieure à la moyenne. Pour l’année 2013, leur ambition est d’arriver à améliorer ce score de près de 1% pour atteindre une part de marché de 3,6% et de réaliser une croissance moyenne de 16%. «Nous avons l’avantage d’avoir une rentabilité très élevée qui permet d’intéresser nos clients ainsi que les apporteurs d’affaires et surtout de rémunérer le capital, nos actionnaires trouvent leur compte et tout le monde est pratiquement satisfait. Notre part de marché est, il est vrai, réduite mais elle est saine «clean», elle est «small and beautifull», explique le DG tout en ajoutant : «il est facile de réaliser rapidement un chiffre d’affaires «performant» en s’engageant dans une concurrence déloyale et en s’autorisant tous les dépassements, mais la chute n’en sera que plus vertigineuse…». Contrairement à d’autres compagnies dont les parts de marché dans la branche vie sont réduites, celles des assurances Salim sont de 12%.

    En 2008, Salim a réalisé un résultat net de 2,2 MDT, ses fonds propres s’élèvent à 16,7 MDT et sa marge de solvabilité élevée par rapport à la marge réglementaire de 9,7 MDT est de 15,9 MDT.

    Doucement et lentement

    Avancer lentement mais sûrement, c’est le leitmotiv de cette jeune compagnie qui connaît une progression de 12% de croissance depuis cinq ans et dont le chiffre d’affaires est réalisé à hauteur de 59% avec le groupe de la Banque de l’Habitat, lui-même, ainsi que ses filiales, actionnaire majoritaire de Salim à hauteur de près de 58%, le reste étant détenu par des personnes physiques et morales.

    Pour le moment la priorité des priorités pour Salim c’est une plus grande pénétration du marché national pratiquement vierge et insuffisamment exploité. «Sur le plan national, il existe des potentialités énormes que nous n’arrivons pas capter ; à l’étranger tout est assurable, et il y a la culture pour ça, en Tunisie et toujours pour des raisons de culture et de pouvoir d’achat, on n’arrive pas réellement à inculquer la culture de l’assurance, même si de mon point de vue le pouvoir d’achat s’est nettement amélioré», estime M. Hammami.

    En attendant, dans un premier temps, il s’agit de mieux communiquer sur Salim pour qu’elle ait plus de visibilité sur le marché. «Notre introduction en Bourse devrait nous rapporter près de 10 millions de dinars ajoutés à nos fonds propres, ce qui nous permettra de développer nos prestations et d’améliorer nos produits».

    Le travail est déjà amorcé avec un cabinet international pour la mise au point d’un produit sur la retraite qui, dès l’obtention du visa, sera commercialisé. D’autres produits, dont un régime spécial pour les assurances voiture en direction des femmes plus prudentes et qui pourraient bénéficier d’une réduction par rapport aux tarifs habituels, sont à l’étude. «Nous réfléchissons à la segmentation du tarif, ce qui implique la définition du tarif selon le lieu où la voiture circule, ou alors par tranche d’âge, par exemple les retraités ou alors les jeunes de 18 à 30 ans, les femmes aussi méritent un tarif préférentiel parce qu’elles sont plus posées en matière de conduite. Nous serons donc heureux d’être leurs assureurs, elles sont de bonnes clientes, ne courent pas l’aventure et font attention à leurs véhicules», affirme le DG de Salim.

    Ce type d’opération devrait renforcer encore plus les fonds propres de la compagnie et consolider le réseau sans oublier une part de marché très importante à conquérir et qui est celle des travailleurs tunisiens à l’étranger.

    Salim est aujourd’hui sur pied d’œuvre et compte, maintenant que son programme de réorganisation et de restructuration est bien avancé, amorcer une présence à l’échelle européenne via les travailleurs tunisiens à l'étranger. Elle prévoit également de s’attaquer aux marchés algérien et libyen mais pas dans l’immédiat, le temps d’avoir les autorisations nécessaires, ou s'engager dans des partenariats avec des opérateurs existant sur ces marchés.

    La compagnie ne dédaigne pas une collaboration plus poussée avec certains opérateurs étrangers pour augmenter sa rétention en matière de réassurance. «Plus nous avons de l’argent, plus nous sommes à l’aise pour garder une partie du risque, nous ne transférons pas tout et nous cédons une partie au réassureur national et une autre au réassureur de proximité, le reste est transféré au réassureur étranger, donc notre action a un impact sur la balance des paiements et sur le transfert de devises ; plus notre capacité financière est forte, plus nous aidons à améliorer la balance des paiements», explique M.Hammami.

    Salim est décidé à s’imposer sur le marché par la qualité de son management, son intégrité et le respect des règles déontologiques dans l’exercice du métier d’assureur. Les bonnes pratiques, la transparence sont des conditions nécessaires pour entrer en Bourse, dit-on, mais ces règles morales de gestion saine ne sont pas, d’après le DG, appliquées tout juste en raison d’une prochaine introduction en Bourse, elles émanent de la volonté de la direction générale d’appliquer et développer un mode de gouvernance qui assure la pérennité de l’entreprise et installe une image saine d’elle sur le marché. Pas de concurrence déloyale donc et pas de mauvaises pratiques dont celle du fronting qui consiste à servir d’écran pour de grandes compagnies d’assurances internationales qui n’ont pas le droit d’exercer sur le sol de notre pays et d’être réduits à de simples commissionnaires. «Je peux vous assurer qu’au niveau de Salim, nous ne faisons pas de fronting car nous n’en avons pas besoin et nous ne courons pas après les grandes opérations qui nécessitent du fronting, cette pratique a lieu lorsque l’assureur prend une opération qui dépasse sa propre taille, pour ne pas associer un autre assureur ou entrer en pool, il se contente de la prendre en exclusivité avec le soutien d’une compagnie étrangère, ce qui casse le secteur et va à l’encontre de l’intérêt national», explique M. Hammami.

    Comme le dit un proverbe arabe, «ne jugez pas le grain de poivre d'après sa petite taille, goûtez-le et vous sentirez comme il pique», c’est le cas des Assurances Salim, jeune et solide qui n’a pas accéléré le pas plus qu’il n’en faut pour arriver là où elle est aujourd’hui. Sa démarche vers une introduction en Bourse s’est faite aussi naturellement que ça se peut.

    La compagnie s’attèle aujourd’hui à finaliser son système d’information, à actualiser son manuel de procédures et à mettre en place des approches d’évaluation et de formation plus développées.

    Le grand souci de Ali Hammami, DG de Salim, est aujourd’hui de gagner le pari de la Bourse, espérons que sa démarche et le soutien de ses troupes lui assureront le succès. Les signes sont là, l'introduction en Bourse a été réussie, il reste à répondre aux attentes des actionnaires, anciens et nouveaux, la Bourse n'est-elle pas le meilleur moyen d'accroître la notoriété d'une entreprise, de garantir son intégrité, de développer ses investissements et d'accroître ses partenariats?

    Ainsi soit-il.

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