Alors que le Comité de
Bâle s'active pour rédiger de
nouvelles
règles bancaires supposées renforcer les bilans en cas de crise, les
banques préviennent que ces normes pèseront sur le financement de l'économie.
Décryptage.
Les nouvelles règles bancaires envisagées pour 2012 dans le cadre de Bâle 3
coûteraient six points de croissance à l'Europe, selon Jean-Laurent Bonnafé, le
directeur général de BNP Paribas. Interrogé vendredi par les Echos, il affirme
que les mesures privilégiées par Bâle 3 sont très coûteuses pour les banques,
qui seraient donc obligées d'augmenter les taux d'intérêts sur les crédits aux
particuliers et entreprises.
Dans le détail, les futures normes prudentielles reposent sur trois ratios :
solvabilité, liquidité court terme et liquidité long terme. Ce sont le premier
et le dernier qui posent problème.
En ce qui concerne la solvabilité, il s'agit de renforcer les fonds propres de
la banque et d'améliorer la qualité du "noyau dur" des capitaux", le "core tier
1". Ainsi, le ratio Core Tier 1 ne pourrait plus contenir que des actions
ordinaires tandis que les instruments hybrides seraient bannis. "Or les actions
ordinaires coûtent plus cher puisque la banque doit payer des dividendes aux
actionnaires", explique Laurent Quignon, économiste à BNP Paribas. D'après les
calculs de Jean-Laurent Bonnafé, cela coûterait 400 milliards d'euros en fonds
propres supplémentaires aux banques européennes, et les contraindraient à
émettre 1.500 milliards d'euros de dette supplémentaire. Pour financer tout
cela, les banques seraient obligées de renchérir le coût du crédit.
Quant au ratio de liquidité long terme, le "net stable funding ratio" (NSFR)
doit inciter les établissements de crédit à favoriser l'adéquation entre la
maturité des prêts qu'elles accordent et celle de leur propre refinancement.
"Une petite révolution dans le modèle bancaire actuel, qui consistait jusqu'à
présent à collecter des ressources à court terme et les transformer en
investissement ou en crédit de long terme", explique Jezzabel Couppey-Soubeyran,
économiste à l'Université Paris 1. Avec Bâle 3, la banque pourra "utiliser des
ressources à court terme mais seulement pour financer des actifs à court terme
qui, du coup, rapportent moins, comme les titres d'Etat". Et inversement, "pour
investir dans des actifs à long terme comme les crédits immobiliers, la banque
devra collecter des ressources à long terme qui coûtent cher, comme des produits
d'épargne à taux très attractifs". Le refrain des banquiers est le même : "pour
ça, il faudra renchérir le coût du crédit".
Par ailleurs, la création de "coussins contracycliques", constitués de résultats
mis en réserve en haut de cycle, contribuerait aussi à pénaliser la distribution
du crédit.
Une baisse de la croissance, le juste prix de la réforme du système?
Si les banques mettent en avant les conséquences néfastes sur le crédit et
l'économie en général, il ne faut pas oublier qu'elles ont leurs propres raisons
pour résister à la mise en place de nouvelles régulations. Par exemple,
"l'exigence d'un nouveau "ratio de levier", ou d'endettement, suscite des
craintes car les banques américaines seraient avantagées grâce à des différences
de normes comptables", rappelle Gunther Capelle-Blancard, économiste au Cepii.
Elles ont donc tout intérêt à communiquer sur les impacts négatifs de ces
exigences. "Le problème, c'est qu'il est plus facile de chiffrer les coûts d'une
mesure que ses gains, poursuit l'économiste du Cepii. En l'occurrence, le gain
est de taille : puisqu'il s'agit de la stabilité du système bancaire".
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/la-regulation-bancaire-de-bale-3-menace-l-economie-info-ou-intox_228901.html