- Tunisie - Capital risque : Risque zéro pour nos SICAR!
- Par Abou SARRA
Tous
les observateurs de l’investissement en Tunisie sont unanimes pour relever que
les Sociétés d’investissement à capital-risque (SICAR) demeurent frileuses et
refusent de prendre des risques alors que leur métier est justement d’en
prendre.
Les chiffres sont têtus. Au nombre de 40, ces mécanismes de financement
alternatifs, peu développés en Tunisie, ne contribuent qu’au maigre taux de 0,5%
au total de l’investissement privé.
Selon d’autres statistiques fournies par la Banque mondiale[1], «jusqu’à fin
2007, et après 12 ans d’activité, le capital-risque n’a participé qu’au
financement de 1.300 entreprises, moyennant une enveloppe globale de 600
millions de dinars (300 millions d’euros environ)».
Les experts de la BM vont jusqu’à avancer que les problèmes financiers
rencontrés par les entreprises tunisiennes, loin d’être conjoncturels, sont bien
structurels dans la mesure où les petites et moyennes entreprises (PME) ne
prévoient pas des améliorations sur le court terme.
-
Les SICAR tunisiennes, pour la plupart filiales de banques, appliquent toujours
les mêmes méthodes que leurs maisons mères et exigent de leurs clients des
garanties réelles, et ce malgré la promulgation, depuis janvier 2009, d’une loi
qui leur interdit d’exiger des promoteurs des garanties hors projet ou de fixer
une rémunération pour leur participation au capital du projet.
Faut-il le rappeler que, en théorie,
le capital-risque permet aux entreprises
d’obtenir des fonds privés sans garanties tangibles ou intangibles. Ces prêts
sont remboursés à moyen terme par l’entreprise elle-même une fois qu’elle
commence à réaliser des bénéfices.
Le plus souvent, les SICAR aident à boucler le schéma de financement des projets
et apportent une réponse appropriée aux limites de l'intermédiation financière
laquelle ne peut pas faire face aux besoins de financement de certains types
d'entreprises telles que les entreprises non cotées.
Autres avantages du capital-risque: il a pour mérite d'adapter les entreprises
aux règles de bonne gouvernance et de transparence, de les responsabiliser, de
mettre à leur disposition de précieuses liquidités et de dégager une rentabilité
suffisante
L'apport du capital-risque réside également dans l'amélioration des techniques
de management et d'organisation à travers l'adoption de techniques de gestion
fondées sur le suivi, la prévoyance, le contrôle continu et la vigilance.
Par delà ces données, le capital-risque, pour peu qu’il soit bien géré, est fort
rémunérateur pour les actionnaires des fonds d’investissements. Les taux de
retour sur investissements sont très élevés et varient entre 15 à 40%.
A cet avantage viennent s’ajouter les incitations substantielles instituées en
faveur de ces structures. En effet, la loi du 30 octobre 1995 a institué
plusieurs avantages fiscaux et financiers en faveur du capital-risque tandis que
la loi de finances 2009 a élargi le champ d’intervention des SICAR. Celles-ci
sont habilitées à cofinancer les investissements agricoles et le rachat
d’entreprises en difficulté. Elles sont autorisées à consacrer au moins 65% des
fonds mis à leur disposition et de leur capital libéré, contre 50% en vigueur
actuellement, au renforcement des fonds propres des projets lancés par de
nouveaux promoteurs.
La Banque mondiale estime qu’en dépit d’avancées et avantages significatifs, des
contraintes demeurent. Ces contraintes sont au nombre de deux. Premièrement, les
perspectives d’une solution par le biais de la Bourse des valeurs demeurent
faibles en raison des limites du marché boursier tunisien et du
Marché
alternatif.
Deuxièmement, l’institution de Bretton Wood pense qu’un certain nombre de SICAR
manquent d’expertise en matière d’évaluation, d’approbation et de monitoring
(suivi) des projets. Pour la Banque, ce manque de savoir-faire inhibe leur
implication dans le secteur.
-
[1] Rapport de la Banque Mondiale sur «le cadre de partenariat stratégique 2010- 2013»
- Tous les articles sur
SICAR