Produit phare du pays, les
dattes Nour figurent parmi les produits les plus
exportés par la Tunisie. Aujourd’hui, il est important de passer du plus au
mieux. Même si la fameuse «Deglat» est sérieusement concurrencée sur les marchés
étrangers, elle reste néanmoins la reine des dattes. Objet de grandes attentions
de la part de l’Etat et des privés, une action d’envergure pour promouvoir ce
secteur est en cours. Le secteur est longtemps resté handicapé par de lourds
obstacles. Une stratégie est mise en place. Elle ne tardera pas à porter ses
fruits.
«50 millions d’euros par an ! Voilà tout le montant des recettes en devises
issues de l’exportation des dattes en Tunisie. Notre pays aurait gagné tellement
plus s’il avait opté pour plusieurs variétés de
palmiers dattiers. Avec une
culture monovariétale basée sur la Nour, on atteint rapidement des limites»,
brandit tout de go un agriculteur oasien. Un autre met d’emblée les fortes
exigences de la célèbre variété en eau et sa délicatesse en avant. Très
consommatrice en eau (environ 20.000 m3/ha), Deglett Nour est particulièrement
sensible aux maladies, et aux pluies automnales compte tenu de sa période de
maturation, de mi-octobre à fin décembre dans le Sud tunisien. «Depuis le temps
qu’elle est connue hors de nos frontières, on aurait pu s’occuper d’elle en
priorité. Nous avons perdu de temps précieux!». A peine prononce-t-on le nom de
la belle, que les passions se déchaînent.
Reine sur tous les marchés, la qualité de la Deglett Nour est incontestable.
Certes, il y a en face la datte algérienne. Elle ne fait encore pas le poids
surtout à cause du savoir-faire et du niveau de certifications qu’atteignent les
entreprises tunisiennes opérant dans ce secteur.
L’Algérie est le septième
producteur mondial de dattes, exportant 15.000 tonnes dans le monde à travers la
France. Israël est en train de se hisser peu à peu à la tête des pays
producteurs avec notamment une variété qui produirait près de 200 kg par palmier
dattier.
Du côté des exportateurs et des gros producteurs, Deglett Nour est la perle
précieuse qu’il faut bichonner. «Elle se vend toute seule tellement on la
connaît bien dans les circuits de distribution. Elle est de plus en plus
demandée sur le marché et même si le label n’existe pas encore en tant que tel,
il est dans la tête des gens», déclare Wafa Ferjani, responsable Export et
Marketing de Horchani Dattes. Une société qui exporte environ 6.000 tonnes sur
les marchés européens et musulmans. Il n’en reste pas moins vrai que du côté de
l’Etat, on s’active à la labellisation de la reine.
En fait, la large culture de la variété Deglett Nourdate du début du siècle.
Pourtant, sa culture dans la région du Djérid prend naissance autour du 17ème
siècle. Ce n’est que lorsqu’elle acquiert une véritable notoriété et qu’elle
commence à être hissée au top des ventes des fruits dans le commerce national et
international qu’on commence à planter cette variété au détriment des autres. Au
vu de sa nouvelle valeur marchande, sa plantation a été intensifiée durant les
années 1960. Depuis plus d’une dizaine d’années, l’Union Européenne participe au
développement des palmeraies avec notamment celles de «Rjim Maatoug» dans la
région de Kébili.
L’assaut du bio
Dans un souci de diversification et de valorisation, le secteur mise sur les
exportations de dattes biologiques pour donner davantage de valeur ajoutée à la
datte Made. 2.300 tonnes en 2008 ont été exportées contre 905 tonnes en 2003.
L’objectif pour 2011 est d’atteindre les 4.000 tonnes tout en révisant les prix
en coordination avec les opérateurs concernés et la diversification des circuits
de distribution. Les dattes dénoyautées sont aussi un nouveau produit qui
commence à s’installer sur le marché de l’export. Avec 4.346 tonnes en 2007
contre 2751 tonnes en 2003, on sent les choses bouger. Elles augurent assurément
de jours meilleurs in Tunisia.
Il est aujourd’hui question de continuer à promouvoir la variété deglett Nour,
de mieux faire connaître ses spécificités, d’identifier de nouveaux créneaux à
l’exportation et d’améliorer sa qualité avec des conditions de conditionnement
et des modes d’exposition performants. Depuis une rigoureuse étude sectorielle
conjointement réalisée par l’Etat et la Banque mondiale, tous les efforts sont
mis en œuvre pour la réorganisation du secteur. Le
conditionnement et
l’adaptation du produit aux exigences des marchés à l’export, notamment par
l’amélioration de la qualité et des méthodes de commercialisation sont en
marche.
Un secteur vital
Outre le fait qu’il emploie près de 10% de la population tunisienne qui vit
directement ou indirectement du palmier dattier, ce dernier est source de vie et
facteur de prospérité, pour les régions de production. De façon générale, on
récence pas moins de 3 pôles de culture des palmiers et les palmeraies
tunisiennes couvrent une superficie de 22.500 ha qui comptent environ 3 000.000
pieds. Au niveau géographique, la répartition de la production serait la
suivante: 16.100 tonnes à Tozeur, 11.900 à «Deguech», 7.300 à Nefta, 4.050 à «Hezwa»
et 2.650 à Tamerza.
Aujourd’hui, le secteur des dattes pèse dans l’économie tunisienne. Il occupe
une place très importante dans les échanges commerciaux de la Tunisie et se
hisse au 3ème rang dans les exportations, après
l’huile d’olive et les produits
de la mer. La Tunisie est incontestablement le premier exportateur de dattes
dans le monde. Avec une production totale de 145.000 tonnes au cours de la
saison 2008-2009 (contre 124.000 en 2007-2008), le pays s’assure une place
prépondérante en tant que producteur.
Exportant près de 80 à 85% de sa production totale, le secteur participe à
l’export à hauteur de 5% dans la valeur globale de la production agricole et à
16% dans la valeur globale de ses exportations. A titre indicatif, au cours de
la saison 2007-2008, les exportations se sont élevées à 61 mille tonnes. Elles
ont généré des recettes de l’ordre de 187 millions de dinars. Selon le
Groupement Interprofessionnel des Fruits (GIF), «la Tunisie est le premier
exportateur mondial en termes de valeur. Les dattes tunisiennes, qui connaissent
un franc succès sur les marchés mondiaux, accaparent 30% de la valeur du
commerce mondial».
En effet, les dattes tunisiennes sont présentes sur 56 marchés. Ses principaux
clients sont la France (20%), le Maroc (28%), l’Italie (8%), l’Allemagne (9%),
l’Espagne (7%)... Ces dernières années, plusieurs programmes ont été lancés par
l’Etat tunisien pour mieux positionner particulièrement la Deglett Nour. On ne
peut que se réjouir des quelques avancées réalisées. On enregistre, en effet,
une nette amélioration des quantités exportées qui représentent désormais 65% du
total de la production de cette variété.
Conscient de ce fort potentiel, le secteur met tout en œuvre afin de pénétrer de
nouveaux marchés. Une stratégie a été mise en place. Elle vise à promouvoir les
exportations des dattes en direction de pays du sud-est asiatique, de la Russie,
et des Etats d’Amérique du Nord.
Pour saisir la gageure, il est à retenir qu’à ce jour, le pays exporte 1.500
tonnes en Malaise, 1.200 tonnes en Indonésie, près de 2.000 tonnes en Russie et
1.500 en Turquie. Tous ces pays ont fortement augmenté leurs importations depuis
ces dernières années. Les cibles pour demain sont les marchés de l’Inde et de la
Chine.
De sérieux handicaps
S’il y a un souci que l’industrie de la datte se doit de relever, c’est bien
celui du stockage. Tout le secteur est confronté à sa faiblesse. La capacité
actuelle est estimée à 15.000 tonnes gérées par 27 unités de conditionnement. La
demande est évaluée à plus de 32.500 tonnes.
Question qualité, l’Etat ne lésine pas sur les moyens. Il a institué des
incitations fiscales et financières pour promouvoir le secteur dans le but
d’aider les conditionneurs à se mettre à niveau, à moderniser leurs équipements,
à se doter d’unités de maintenance et à s’adapter aux normes internationales (HCCP).
De nombreux opérateurs affichent désormais une qualité à même de répondre aux
normes de la conjoncture actuelle du commerce international des produits
agroalimentaires. La traçabilité et la sécurité sont devenues des impératifs que
les entreprises tunisiennes assument et gèrent avec assurance.
Il n’en reste pas moins vrai que d’autres problèmes et non des moindres se
dressent devant l’essor du secteur : la non-diversification des débouchés, la
forte dépendance des aléas climatiques, l’insuffisance des eaux d'irrigation
tunisiennes et le faible rendement du palmier dattier tunisien. Un palmier qui
produit actuellement 25 kg contre 100 kg ailleurs. L’objectif de tout le secteur
est bien entendu de produire plus, mieux et plus longtemps.
Il est évident que le secteur des dattes n’est pas de tout repos. Mais si mère
nature venait à s’emmêler, cela compliquerait vraiment les choses. En effet, un
fléau menace les oasis tunisiennes. Il a pour nom «Bayoudh», un parasite qui a
décimé au Maroc et en Algérie une dizaine de millions de palmiers. Notre pays
qui ne compte que 4,5 millions de palmiers risque de connaître le pire des
scénarii si jamais ces palmeraies venaient à être affectées par ce parasite.
Selon certains spécialistes, «tout l’arc méditerranéen de l’Espagne à l’Italie
est touché par ce papillon particulièrement invasif et qui menace les
plantations de palmiers-dattiers du Maghreb et des pays du Sud».
L’autre menace sur les oasis tunisiennes est
l’érosion génétique qui sape la
pérennité de cet écosystème. Certains agronomes avancent que le remède à ce
fléau consiste à réhabiliter la diversité génétique. Le développement de
nouvelles palmeraies pour lutter contre l’avancée des sables s’avère nécessaire.
Le but recherché étant de préserver la biodiversité et valoriser des variétés de
dattes plus résistantes aux parasites.
Entretemps, la main-d’œuvre commence à poser de sérieux problèmes pour le
secteur. Selon le rapport de A. Rhouma, de l’INRAT de Degache, cette dernière
«est de plus en plus rare et de plus en plus chère suite au désintérêt des
jeunes». Le rapport attire l’attention sur «la nature des activités qui sont
souvent saisonnières et difficiles». On assiste, en fait, «à un passage
progressif du mode de faire-valoir basé sur le métayage «Khammès» au mode de
faire-valoir basé sur une main-d’œuvre salariale et une perte énorme du
savoir-faire traditionnel».