Le département des études de la centrale syndicale, l’Union générale tunisienne
du travail (UGTT
), vient de nous gratifier d’une étude d’excellente facture sur
les causes objectives du sous-développement dans lequel se débat, des décennies
durant, la région du Kef et sur les pistes à suivre pour s’en sortir.
Publiée dans la livraison du journal Echaab (organe de l’UGTT), du 9 janvier
2010, cette étude constitue de toute évidence une première, voire une initiative
sérieuse pour mettre fin au déséquilibre régional qu’une dizaine de plans de
développement économique ne sont pas parvenus, jusqu’ici, à éradiquer.
L’étude explique, globalement, la situation peu reluisante de cette région, à
dominante agricole, par la déstructuration de son économie par le collectivisme
des années soixante, et par la décomposition de son tissu social par l’effet de
l’exode rural.
Cette région frontalière a beaucoup souffert, selon l’étude, de la dimension
sécuritaire que lui a conférée son voisinage avec l’Algérie, un pays qui a connu
de graves problèmes de déstabilisation durant les années 90.
Autres insuffisances qui ont compromis le développement de cette région. L’étude
en cite l’enclavement de la région, l’épuisement des mines, la dépendance de
l’agriculture en sec des aléas climatiques, la fragilité de l’infrastructure
(l’absence de routes expresses et de communication) et la faiblesse de
l’investissement public.
Conséquence : l’ensemble de ces entraves a conduit au recul de l’activité
économique, à la ruralisation de la ville du
Kef (triste héritière de Cirta de
Massinissa), à l’exode des keffois vers d’autres cités plus clémentes, à
l’accroissement du chômage, à l’abandon des villages et des terres agricoles.
Toujours selon l’étude, 120 mille hectares sont, aujourd’hui, menacés
sérieusement par l’érosion et exigent une intervention urgente.
Face à cette situation régionale spécifique, les auteurs de l’étude, les
professeurs Sami Aouadi et Abdessattar Sahbani, suggèrent une stratégie
spécifique similaire au modèle américain «affirmative action» du temps du
président Clinton. Il s’agit en fait de la discrimination positive française. La
démarche à suivre consisterait à prendre des initiatives propres à booster le
développement de la région du Kef et à l’aider à rattraper son retard par
rapport aux régions du littoral.
L’étude propose comme préalable à cette future dynamique de développement, la
mise en place d’une ligne de financement préférentiel et l’accroissement de
l’investissement public. L’objectif est de désenclaver la région par la
construction d’un tronçon autoroutier entre Le Kef et Tunis, le renforcement de
la communication et l’édification de barrages afin de promouvoir une agriculture
irriguée à haute valeur ajoutée.
S’agissant des filières à développer en priorité, l’étude met l’accent sur
l’enjeu qu’il y a là à développer l’agroalimentaire (laitages, dérivés de
céréales, transformation, minoteries, fromageries…), à valoriser l’artisanat et
à mieux écouler ses articles, à promouvoir le tourisme (archéologique,
écologique, agricole et de chasse…), et à développer sur de nouvelles bases le
commerce frontalier…