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  • Tunisie : Du caissier, du journaliste et des billets …
  • Par Amel Belhadj Ali
  • Un caissier dans une entreprise de transport interurbain peut, d’emblée, recevoir un salaire de 550 D net avec un treizième et parfois un quatorzième mois, une prime de rendement, des congés payés et des indemnités de fonction. Au bout de 8 à 10 ans de carrière, il peut atteindre les 900 à 950 D.

    Pareil pour un journaliste si ce n’est pas pire. Un caissier n’a pas besoin d’avoir un master ou une maîtrise, tout juste le niveau de 6ème année secondaire. Il n’a pas besoin de maîtriser au moins deux langues sauf s’il en a envie et non plus de jongler avec les mots et les phrases. Il n’a pas à courir après telle ou telle personne pour avoir une information, ni de faire la queue pour que des personnalités daignent répondre à ses sollicitations. Il n’essuie pas les insultes des uns qui croient dur comme fer qu’il est un menteur, des autres qui jureraient leurs grands dieux qu’il est un corrompu, ni le mépris de personnes bien placées qui, tout en faisant semblant d’être heureux de le recevoir, pensent en leur fort intérieur que l’insecte qu’il est nuit à leur carrière, car il pourrait leur faire dire des paroles, que généralement ils disent, mais qu’ils estiment ne pas avoir dit puisqu’ils ne les ont pas lues, jusqu’à ce qu’on leur reproche d’avoir osé les prononcer…

    Le statut social du caissier est meilleur que celui du journaliste ; il porte une image plus valorisante, il est derrière sa caisse à échanger des billets contre des «billets», personne ne le regarde avec suspicion, plutôt avec respect, car c’est lui qui a le pouvoir de nous donner le ticket de retour chez nous, ou celui pour nous déplacer quelque part.

    Le journaliste, quant à lui, est régulièrement critiqué. Ses prestations sont médiocres, sa production désastreuse, sa technicité inexistante, sa crédibilité absente et jusqu’à sa modeste mise…

    Le journaliste est aussi mal payé, maltraité, sous-estimé et pas seulement par le public des lecteurs et lectrices, mais aussi par ses supérieurs et ceux qui devraient veiller à préserver son statut de détenteur du quatrième pouvoir. Mais ça, on omet très souvent de le dire… Car pour une fois, ce sont ceux-là mêmes qui s’autocensurent, et ce n’est pas le journaliste qui s’amuse à le faire sous prétexte que son sport favori serait, d’après eux, l’autocensure…

    Etre journaliste professionnel, c’est informer sur les réalisations du pays, raconter ses performances, valoriser son image, chercher la vérité... C’est aussi et pourquoi pas dénoncer des anomalies ou des déviations, sensibiliser par une communication positive, crédible et constructive à l’importance de certains enjeux.

    Etre journaliste, c’est informer la nation de ce qui se fait par elle et pour elle. C’est faire en sorte qu’elle se sente impliquée, intéressée et concernée parce qu’elle est éclairée de ce qui se réalise autour d’elle…

    Etre journaliste, c’est également défendre une cause, celle de la mère patrie et des intérêts, ceux de la communauté.

    Pour assurer ce rôle d’information et de sensibilisation, conjuguer verbe et verve, être incorruptible, améliorer le statut tant matériel que social du journaliste paraît indispensable. Car lorsque le ventre crie famine, on perd souvent sa dignité, on perd sa plume, on perd la passion et l’amour du métier ; on perd aussi son estime pour soi-même, et dans ce cas, tout le monde y perd des plumes.

    Excusez donc les journalistes qui n’assurent pas car ce n’est pas donné lorsqu’on est broyé par les difficultés de la vie et paniqué par des fins de mois difficiles.

    Pareil pour un caissier, mais lui, ne souffre ni d’image ni de mépris, lui ne risque pas de se trouver dans la rue parce qu’il a commis un impair…

    Finalement, être caissier est peut-être mieux qu’être journaliste, car lui au moins, en traitant de billets, n’est pas la victime de ses billets…

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ECONOMIE
   
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