La Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie (CTFCI) a organisé, le 11
novembre 2009, un séminaire sur la relance du partenariat tuniso-français dans
le secteur textile & habillement. La rencontre a rassemblé plusieurs
professionnels du secteur en Tunisie et en France pour débattre des éventuelles
voies de développement des échanges commerciaux entre les deux pays. Une
question de premier intérêt si on sait que ces échanges se sont dégradées durant
les cinq dernières années, avec des baisses importantes des exportations.
Etant le principal fournisseur de la France, sa part est passée de 16% en 1995 à
11,5% en 2008. Les importations de la France ont aussi diminué, au profit de
l’Italie, qui l’a, d’ailleurs, devancé pour devenir le 1er fournisseur de la
Tunisie. Comme l’a indiqué M. Néjib Karafi, directeur général du Centre
technique du textile (CETTEX), la part de la Tunisie dans les importations
françaises des principaux produits a diminué notamment pour le jeans et les
vêtements de travail. De même pour la part de la France dans les exportations
tunisiennes. «En 2000, un jeans sur deux était importé de la France pour passer
à un jeans sur huit en 2008. De même pour le soutien-gorge qui est passé de 1
sur 3 à 1 sur 4», a précisé M. Karafi.
Concernant le Programme de mise à niveau, le directeur du Cettex a indiqué que
l’adhésion des entreprises françaises installées en Tunisie demeure faible.
«Moins de 30% des entreprises participent à la mise à niveau. Mais c’est un peu
plus élevé pour les investissements Techniques Prioritaires», a-t-il ajouté.
Les participants au séminaire ont mis l’accent sur les moyens de concilier entre
les circuits de distribution en France et le gain de compétitivité face à
l’Asie. M. Lucien Devaux, président de l’Union Française des Industries
textiles, a signalé que pour réussir le pari de la concurrence, les
industriels textiliens tunisiens doivent se constituer en force de proposition qui pourrait
convaincre les donneurs d’ordre européens. «La technologie, vous l’avez gagnée.
Mais la bataille de demain se basera sur le culturel. Vous devriez venir aux
sources de la mode, proposer des produits finis, qui, même s’ils ne sont pas
retenus par les centrales, montreront que vous œuvrez dans ce sens. Avec le
temps, les centrales vont les accepter et vont coopérer avec vous. Soyez une
force de proposition pour le meilleur mais aussi pour créer une valeur ajoutée
pour demain», a-t-il lancé aux participants.
Pour M. Daniel Harrari, directeur général de la société Lectra, implantée en
Tunisie, il s’agit de renforcer toutes les fonctions de création et de
développement du produit. Concernant le défi asiatique, notamment chinois, il
indique que la Chine a découvert le capitalisme et a bien su l’exploiter,
appuyée en cela par la déflation du dollar et l’augmentation des
charges
sociales devenues de plus en plus lourdes. Ce qui signifie, pour lui, que la
réussite chinoise dans le secteur n’a pas de rapport avec le coût de la
main-d’œuvre qui est en croissance d’année en année, d’ailleurs. «La Tunisie n’a
pas à rougir devant la Chine. Vous avez l’atout de la proximité, de la
compétence. Il faudrait juste renforcer la partie
créativité
et compétences.
Gagner le pari de la créativité revient à gagner le pari du design», a-t-il
précisé.
De son côté, M. Nafaâ Ennaifar, directeur général du groupe TFCE, a affirmé que,
suite à la crise, les industriels subissent une mise en cause quotidienne face
aux exigences de la
distribution. Des exigences qui concernent le respect de la
qualité et des délais, la migration de la
sous-traitance à la co-traitance et le
produit fini, la montée en gamme, etc. Face à ces exigences, l’industriel n’a
plus le choix.
D’ailleurs, M. Harrari estime que la crise a créé plus d’opportunités puisque
beaucoup d’entreprises en sont ressorties peu armées face aux défis de l’après-crise.
«C’est une remise en cause face à l’avenir. Moins de concurrents et plus
d’opportunités», ajoute-t-il.