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  • Férid Ben Brahim, Président de l’ATAF :
  • “Nous n’avançons que par des crises”
  • Propos recueillis Par Ali Abdesslem

  • Touche d’expert, et coup d’œil d’analyste, la vista en prime, Férid Ben Brahim revient, en exclusivité pour les lecteurs de Webmanagercenter, sur les arcanes du marché financier et se prononce sur l’après-sommet de Pittsburgh.
  • Webmanagercenter: L'IFRS, on y est allé les yeux ouverts. Qu'est-ce qui a poussé le Régulateur à les adopter? Quel était leur apport majeur?

    Férid Ben Brahim : Les normes IFRS sont pour le moment uniquement adoptées par l’Union européenne plus quelques autres pays d’Europe centrale et d’Afrique. Rajoutons que la proximité avec les US GAPP est évidente ; il s’agit de la même famille et cette famille pourrait se réunifier d’ici 1 à 2 ans.

    Abusivement on assimile les IFRS à la "juste valeur" (Fair value). Est-ce exact? Comment fonctionne ce principe?

    Le principe de l’évaluation des actifs à leur juste valeur représente un enjeu décisif notamment pour les établissements de crédit et sans doute effectivement la marque de fabrique des IFRS par rapport aux autres GAPP (Generally Accepted Accounting Principles). Plus que toutes les autres normes, la norme sur les instruments financiers (IAS 32 et 39) diverge avec l'esprit de la comptabilité classique, telle que nous la pratiquons par exemple en Tunisie.

    Elle remet en question les principes du formalisme comptable. La comptabilité traditionnelle enregistre l'acquisition d'un bien et ne revient sur cette valeur historique qu'au moment de la cession de ce titre, moment où l'on enregistre, au compte de résultat, une perte ou un gain. Le principe de la juste valeur oblige, si l'on sait par exemple qu’un titre ne vaut plus que la moitié que sa valeur, à reconnaître une perte «potentielle» et de montrer au marché et aux actionnaires la réalité économique du patrimoine de l’entreprise plutôt qu’une réalité comptable basée sur le coût historique.

    La valorisation à la juste valeur entraîne la modification du comportement des dirigeants : jusqu’ici, en cas de perte de la valeur des titres, le mieux était d’attendre un rebond avant de revendre, pour ne pas faire état de pertes sur titres. Aujourd’hui avec ces normes, peu importe, la baisse est intégrée par les investisseurs, à chaque instant. Ceci engendre une volatilité extraordinaire tout à fait contraire aux fondements de la comptabilité bancaire traditionnelle.

    Les résolutions du G20 : limitations des bonus, contrôles des paradis fiscaux, selon vous parviendraient-elles à "moraliser "le marché" mais également à le faire repartir?

    Je pense que le grand problème de demain sera la dette publique colossale des principaux pays industrialisés (USA, GB, France et depuis longtemps Espagne, Italie…). Le G20 à Pittsburgh s’est donc consacré à l’écume des problèmes et non au déclenchement de la guerre monétaire et des changes qui se profile sous nos yeux. Faute de demande interne, l’arme de la dévaluation commence à faire rêver plus d’un et les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont commencé à s’en servir. Comme la Chine ne compte sans doute pas faire les frais de cette politique, nous allons tout droit vers des soubresauts sur les changes autrement plus importants que les petits problèmes des bonus qui occupent beaucoup plus de temps qu’il n’en faut.

    Irons-nous vers un marché sécurisé, efficient et à l'abri des secousses?

    Certainement pas ! La nature humaine à horreur de la stabilité ou du vide. Nous n’avançons que par des crises ; sans séisme il n’y a pas de montagnes.

    Lire aussi :

    - Plein Feux : Finance - Economie: le G20, entre faux et vrais espoirs!

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