Longtemps dominée par des multinationales du Nord, et, à un degré moindre,
d’Amérique latine, l’agriculture voit de plus en plus affluer des
investisseurs du Sud. Parmi ces forces émergeantes se trouvent quelques unes
venant de pays arabes, notamment du Golfe. Le rapport 2009 de la Commission
des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sur
l’investissement dans le monde constate une nouvelle tendance de
l’investissement direct étranger depuis le début du nouveau millénaire, avec
«l’émergence de nouveaux investisseurs dans la production agricole» qui
pourrait signifier que les IDE dans cette industrie «pourraient devenir plus
significatifs» au cours des années à venir. De surcroît, le rapport relève
que «les gouvernements de certains pays en développement (comme la Chine, la
République de Corée et les pays du Conseil de Coopération du Golfe) ont
montré un intérêt grandissant pour l’investissement dans la production
alimentaire à l’étranger, ce qui a contribué à l’augmentation des IDE et
d’autres arrangements contractuels de ces économies dans la production
agricole».
Outre deux entreprises chinoises (ZTE et Wuhan Kaidi), le rapport cite en
exemple de sociétés du Sud investissant de plus en plus le champ agricole en
dehors de leurs pays, une bahirie (Agricapital), une saoudienne (Al Jenat
Consortium), deux qataries (G2G et Zad Holding Co.), et deux émiraties –Ald
Dahra et IFFCO (qui a racheté en Tunisie les sociétés l’Appétissante,
produisant les biscuits «Tom», et la «Compagnie Générale des Industries
Alimentaires», produits des huiles végétales) et une…libyenne.
En effet, et aussi surprenant que cela puisse paraître, la Libye est une
puissance agricole montante en Afrique, à travers la Libya Africa Investment
Portfolio.
Ce fonds d’investissement –qui contrôle six entreprises (Libyan Arab African
Investment Co., Oil Libya Holding Company, LAP GREEN Holding Co., Afriqyiah
Airlines Co., Rascom Star – QAF, et Laptech Holding Co ltd.) opère dans la
finance, les hydrocarbures, l’immobilier, l’hôtellerie, le transport aérien,
les télécommunications, et l’agriculture.
Bien que l’essentiel de l’activité de la Libya Africa Investment Portfolio
(LAP) se déroule dans les autres secteurs, l’agriculture ne cesse de monter
et voit le fonds libyen présent, à travers la LAAICO, dans ce secteur dans
pas moins de cinq pays (Ghana, Nigeria, Niger, Tchad et Madagascar). LAP
n’entend pas, bien sûr, s’arrêter là.
En effet, ce fonds d’investissement libyen compte investir, à cours terme,
en Egypte et au Liberia –dans la culture du riz. Et il n’est pas exclu que
la conquête libyenne des champs africains se poursuive dans d’autres pays.
Ainsi, le pays du colonel Gueddafi a récemment obtenu la mise à sa
disposition au Mali de 100.000 ha pour y implanter un projet de production
de riz.
En dehors du continent africain, la Libye –qui ne dispose chez elle que de
5% de terres cultivables- a jeté son dévolu sur l’Ukraine où elle voudrait
cultiver du blé sur 100.000 hectares –une superficie qui pourrait être
portée à terme à 300.000 ha, avec l’objectif d’y produire 1,5 million de
tonnes de blé.
Aujourd’hui, un des plus importants pays pétroliers, la Libye s’arme ainsi
pour devenir à l’avenir l’un des principaux producteurs d’«Or vert».