Les
banquiers face aux critères de Bâle II
Avant d’évoquer le coût, le rythme et les retombées de l’application par les
banques libanaises des critères de Bâle II et de la libéralisation des services
suite à l’adhésion du pays aux traités internationaux (l’Organisation mondiale
du commerce, accords avec l’Union européenne…), il faut tout d’abord mettre en
exergue l’essence libérale du Liban, terre où tous les ingrédients de la
diversité culturelle et économique sont au menu depuis des lustres,
l’institutionnalisation de son secteur bancaire, symbole de la résilience d’un
peuple bâtisseur, dynamique, vissé aux valeurs du libre-échangisme depuis la
Phénicie antique et la tendance naturelle du leadership financier beyrouthin à
coller aux normes en vigueur dans les principaux centres marchands de la planète
afin de reconquérir son statut avant-gardiste d’antan.
Libéraliser sur une terre libérale ?!
Les accords de Bâle II ont mis l’accent sur l’application des standards
internationaux en matière de ratio de rendement sur fonds propres, l’adéquation
aux normes de l’industrie bancaire occidentale, relative à la bonne gouvernance,
à la lutte contre le blanchiment de l’argent sale et à la gestion du risque
opérationnel, du marché et du crédit.
Naguère étiqueté ''plaque tournante de la finance Moyen-orientale'', métaphore
de la Suisse marchande en terre arabe, Beyrouth appréhende aujourd’hui Bâle II
comme une phase complémentaire d’une orientation déjà bien établie chez la
communauté financière du pays via la formation continue des ressources humaines,
l’adoption des mesures prudentielles, la modernisation des postes de contrôle,
l’augmentation des capitaux, la fréquence des opérations de fusion et
l’expansion extra territoriale, entamée dans le voisinage immédiat (Syrie,
Jordanie, Chypre…) ou dans les pays du Golfe, depuis le déclenchement de la
guerre civile libanaise (1975-1990).
Cela dit, dans un souci d’homogénéisation des pratiques bancaires, le ministère
des Finances et la BCL (Banque centrale du Liban) ont appelé, depuis 2005, dans
une circulaire, les banquiers à se conformer, à travers un plan d’action
d’ensemble, aux critères de Bâle II au plus vite, à clarifier les responsabilité
des gestionnaires du risque, à préciser les prérogatives des membres du Conseil
d’administration, à réhabiliter l’audit interne, à définir, à l’avenir, le
calcul de l’écart du risque des taux d’intérêt et à aborder la mise en œuvre de
la bonne gouvernance dans les banques comme une opportunité pour se familiariser
avec les meilleures pratiques concernant la gestion internationale du risque.
Bien entendu, le coût de la conformité des établissements du crédit, déclare
Monsieur François Bassile, président-directeur général de Byblos Bank, dans une
conférence de presse, aux critères de Bâle II est tributaire du niveau de
sophistication de la mise en œuvre de ces normes, de la taille de chaque banque,
de l’envergure de ses opérations et de l’issue des discussions à Bâle même,
entre experts, concernant certains détails techniques relatifs au reporting et
aux mécanismes de réglementation.
Une nécessaire mise à jour
Actuellement, d’après Monsieur Farid Raphael, PDG de la Banque Libano-Française,
la plupart de se confrères appliquent, dans l’ensemble, les nouvelles
recommandations de Bâle II alors que plusieurs pays, dit-il, tergiversent
encore. Cependant, lors d’une émission télévisée, il met l’accent sur le rôle
crucial de l’autorité de tutelle ( Banque centrale, ministère des Finances),
dans ses pourparlers avec le Comité de Bâle, pour négocier le report de
certaines applications, conçues à l’origine à l’intention des structures de
marché différentes de celles du Liban qui a externalisé, depuis trois décennies,
une bonne partie de ses activités bancaires grâce à l’ingénierie financière de
la BL et à la gestion rigoureuse des dirigeants des différents établissements
bancaires du pays.
Au fait, l’exportation des services hors des frontières était une assurance face
aux risques internes d’une région en proie à une violence géopolitique
chronique. Grâce à cette projection, les banquiers du pays du Cèdre pouvaient
placer 50% de leurs fonds propres à l’étranger, ce qui a permis aux
professionnels du secteur, bien rôdés en raison d’une longue expérience dans la
gestion des crises inhérentes au statut libéral du pays, d’intégrer
naturellement les recommandations de Bâle II dans le domaine de l’octroi des
crédits, la transparence dans la présentation des bilans, la gestion des
risques, l’investissement tous azimuts dans les nouveaux systèmes IT et le
recours systématique au consulting afin d’opérer les recoupements nécessaires,
de rassurer la clientèle et de gagner en crédibilité auprès des instances
internationales et des opérateurs économiques potentiels.
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