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  • Coût de l’eau :
  • l’inestimable prix
  • Par Amel Djait
  • Qui dit coût, dit automatiquement prix. Dans un secteur aussi stratégique et vital que l’eau, il y a entre ces deux une panoplie de décisions prises sur la base de la péréquation et solidarité, que les contraintes et relations sociales, économiques et stratégiques d’un pays imposent. Il s’agit en fait de différentes politiques en eau. A chaque pays ses choix.

    Certains pays européens ont décidé la mise en place d’un «observatoire du prix de l’eau» pour suivre de près la relation fournisseur-usager de cette richesse plus que jamais au cœur de toutes les convoitises et demeure un véritable outil de survie.

    Dans d’autres pays, une transformation radicale du paysage des acteurs de l'eau par l'introduction d'un système de concessions favorisant la compétition et l'efficacité a été choisie. Ces options signent un désengagement progressif et ordonné de l'Etat dans les différentes phases de la mobilisation et de l'exploitation des ressources en eau.

    Quels sont les choix de la Tunisie ? Vers quelles options se dirige-t-on ? Avons-nous atteint un degré de bonne gouvernance ?

    Il convient de commencer par le commencement en réalisant que si l’eau a un coût, c’est un fait, car il faut la prélever (stockage, mobilisation), la distribuer (selon la technique d’irrigation) et la gérer. Rendre l’eau disponible est le principal élément qui définit le coût de l’eau, mais pas seulement. S’il y a un élément qui est encore moins inestimable que le coût de l’eau, ce sont les mentalités qui refusent de changer ou qui font de la résistance à se plier à des urgences de survie.

    En regardant un barrage, on a tendance à simplifier beaucoup de paramètres, occultant, à titre d’exemple, qu’il est impératif de prévoir la protection contre les inondations pour un barrage ou qu’il a une durée de vie.

    En Tunisie, le coût de l’eau peut atteindre dans certains cas jusqu’à près de 500 millimes/m3.

    Faudra-il pour autant proposer ce coût pour les agriculteurs en tant que prix? Si “l’eau paie l’eau”, le prix affiché chez les bénéficiaires est censé équilibrer son coût. Par des factures d’eau, l’essentiel des dépenses (disponibilité, gestion et traitement) serait logiquement épongé. Hors il n’en est rien. Ce principe n’est pas totalement appliqué en Europe. Il l’est encore moins dans les pays du sud de la Méditerranée. En Tunisie, ce principe n’est même pas envisageable.

    Dans certains pays européens, le prix réussit à équilibrer le coût. Il s’avère en fait que ce faible prix est lié à un faible investissement. Les prélèvements d’eau dans ces pays ne dépassent guère 30% de la ressource annuelle disponible (exemple : Espagne et Italie). Les consommations par hectare varient de 500 à 4.000 m3/ha selon la région. Ces pays ne peuvent pas souffrir d’un risque de pénurie globale. Ils gèrent au mieux des pénuries conjoncturelles localisées.

    Dans notre pays, il est inconscient de faire des parallèles. Les cas ne sont pas transposables. La composante sociale et la solidarité exigent que le prix ne puisse en aucun cas s’aligner sur le coût. Entre le coût et le prix, il existe un intervalle que l’Etat évalue, en dehors des considérations purement de marché. Il s’agit du fait de tenir compte des objectifs nationaux d’amélioration de la vie, de la lutte contre l’exode rural, de l’amélioration des conditions de vie rurale, de la réduction de la dépendance alimentaire, de la garantie d’une production minimale…

    L’eau a toujours été pour la Tunisie une priorité nationale de développement, au même titre, sinon davantage, que des secteurs comme l’éducation ou de la santé.

    En analysant les différentes politiques des pays dans le monde, on constate de suite que la Tunisie, comme la Jordanie et le Maroc et Israël, a fait le choix de faire en sorte que le prix de l’eau obéisse à son économie.

    En Egypte et en Albanie, l’eau est gratuite. L’Espagne, la Grèce et l’Italie payent l’eau à l’hectare et tendent à augmenter l’usage de l’eau et l’extension des zones irriguées. C’est une politique d’offre de l’eau.

    En Turquie, le prix à l’hectare devient plus élevé quand il s’agit de cultures très consommatrices en eau (maïs, tomate). L’usage volumétrique et du comptage incite à l’économie de l’eau et le prix augmente avec la consommation. C’est le cas de la tarification binomiale tunisienne, ou par paliers de la Jordanie et d’Israël.

    Selon un récent document de l’INAT (Institut national d'agriculture de Tunis) sur le prix de l’eau (2007), il ressort que si l’on compare la Tunisie avec les pays qui ont les mêmes spécificités qu’elle (la rareté de l’eau et la nécessité d’irrigation), on ne peut que relativiser la démarche tunisienne.

    L’analyse des prix de l’eau dans le Bassin méditerranéen démontre que le tarif est établi en tant que prix et non en tant que coût de mise à disposition de l’eau, que l’intervention des pouvoirs publics est conséquente pour maintenir l’équilibre entre le prix en tant qu’instrument d’économie de l’eau et le prix en tant que valeur d’un facteur de production de l’eau, sans rompre le pouvoir de production de l’agriculteur.

    A titre indicatif, on observe qu’en Jordanie le prix de l’eau est appliqué selon différents paliers. Au-delà d’une consommation de 3.000 m3, le prix est de 0.05$/m3 (autour de 65 millimes/m3).

    En Italie du sud (Région de Puglia : Bari) entre 2.000 et 25.000 m3/ha, le tarif est à 0.18 euro le m3 (autour de 310 millimes/m3). Entre 2.500 et 3.000 m3/ha, le tarif est à ,0.24 euro/m3 (autour de 410 millimes/m3). Au-delà de 3.000 m3/ha, le tarif est à 0.5 euro/m3 (autour de 850 millimes/m3).

    Pour Israël : Le tarif est de 240 millimes/m3 jusqu’à 380 millimes/m3, selon les paliers de consommation.

    Pour Chypre : Le tarif est de 270 millimes/m3. Ce pays, qui a le plus de ressemblance avec la Tunisie, dans ses caractéristiques édaphiques, ses programmes de gestion et d’économie de l’eau, le tarif appliqué en 2007 peut nous interpeller, surtout que ce pays a les mêmes contraintes énergétiques pour le pompage.

    Sur le terrain, les agriculteurs tunisiens grognent du prix de l’eau et de sa repartie. Certains contestent les conditions générales de sa distribution. La question qui persiste maintenant est de parler de production et de compétitivité.

    Le cas des Espagnols du sud est édifiant à plus d’un titre. Avec un litre d’eau payé à près de 1$, ils exportent et noient le monde de leurs productions. Fraises ou tomates, ils font des merveilles avec leur eau.

    Lire aussi :

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    Pr. Lebdi Fethi : Par son approche, la Tunisie est une école de l’eau...

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