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    Tunisie: Réforme de l’enseignement… L’impératif de renouveau

  • Par Ali Abdessalem
  • En pleine dynamique de renaissance économique, la réforme de l’enseignement secondaire s’invite au débat. La réforme est technique mais les objectifs prennent un caractère hautement politique.

    L’Union européenne a financé une étude en vue de la réforme de l’enseignement secondaire et de l’enseignement technique. Les experts chargés de ce travail d’exploration ont fait un premier exposé public de leur travail. Il s’agit pour eux de tester la validité de leurs démarches et de configurer leurs conclusions avant de les publier de manière officielle. Le travail a duré quatre ans environ. Deux enveloppes de trente millions d’euros chacune ont été investis dans ce considérable travail d’investigation.

    Compte tenu de l’abondance des travaux sur le secteur pouvait-on faire l’effort d’une telle étude? Nous partons de l’hypothèse que les experts semblent, selon l’appréciation que nous faisons de ce premier contact, s’orienter vers des conclusions proches de celles qui ont été avancées par la Banque mondiale depuis le début des années 2000.

    L’étude est désormais disponible sur le site de la mission de l’UE. Ce qu’on attend de ce genre d’études n’est pas tout à fait le diagnostic du système. A présent, il y a unanimité sur l’inefficacité de l’éducation nationale. On attend par contre des choix pertinents quant à l’esprit de la réforme à mettre en place. L’avis des experts est nécessaire. On sait qu’à lui seul il ne saurait suffire. Qui associer d’autres à cette entreprise qui engage, et il ne s’agit pas d’un euphémisme, l’avenir du pays?

    La méthode et le constat

    Les experts sont allés sur terrain et ils ont enquêté auprès des enseignants et des apprenants. Ils se sont penchés sur les circuits administratifs. Et ils ont examiné les circuits budgétaires.

    Enfin, c’est un travail de fourmi. Le travail accompli est certes méticuleux et fait avec beaucoup de rigueur, mais il s’oriente vers un constat timide. Il manquerait, selon nous, de pertinence. A l’évidence, il pourrait aboutir à des recommandations qui apporteront une certaine amélioration. Les experts sont partis d’un a priori, à savoir que tout n’est pas à jeter et qu’on peut, au prix de doses homéopathiques, redynamiser l’ensemble et faire performer le secteur. Mais en l’état actuel des choses, saurait-on se suffire d’introduire un léger mieux ou de s’employer à un véritable travail de refondation?

    Les contreperformances sont là

    Depuis le début des années 2000, et sans ménagement, la Banque mondiale avait dit son mot sur la question. L’éducation nationale est en panne. Le système se réduit à un bourrage de crânes. Les apprenants étaient formés à se conformer et à obéir. La BM proposait de slicer les trois cycles selon un gradualisme pédagogique précis. L’enseignement primaire servirait à meubler les esprits. Le secondaire devait familiariser les jeunes à l’usage de la critique. Et, in fine, le supérieur devait les préparer à la pratique de la recherche.

    Sans être lumineux, ce diagnostic a l’avantage de sa rationalité. Il est vrai que si l’on veut former des jeunes doués de l’esprit d’initiative, la démarche suggérée était tout indiquée. Bien entendu il restera toujours à l’implémenter aux réalités locales, Toujours est-il que, dans l’ensemble, la démarche devait être adaptée à la situation de notre pays.

    Par ailleurs, les contreperformances de l’éducation nationale sont nombreuses et connues de tous. Le taux d’échec est élevé et les diplômés n’ont pas le profil sollicité par le marché du travail. A seize ans, les jeunes tunisiens qui ont participé au concours PISA, organisé au niveau des pays de l’OCDE, ont été parmi les derniers. Aucun n’a dépassé le grade quatre sur une échelle qui va à six, et le plus souvent, ils se retrouvent autour du grade 2. Donc, nous sommes parmi les derniers avec des scores très faibles.

    Le problème de l’orientation est tout aussi douloureux. Dans les centres de Kasserine et Sidi Bouzid, 50% des apprenants son orientés en filière lettres contre une moyenne nationale de 20%. Or, quand l’Etat n’embauche pas d’enseignants, dans leur quasi majorité, ces diplômés restent sans emploi. Nos universités n’ont pas fait mieux. L’université de Sousse était six millième sur un total de huit mille, et celle de Jendouba était à la traîne, loin derrière. C’est amer mais c’est ainsi.

    L’ennui c’est qu’aucun des cycles n’est comptable de ses performances. Or, nos pédagogues se sont penchés sur la question. Les responsables du secondaire vous diront que les élèves arrivent mal formés au lycée. Et quand vous sermonnez les gens du supérieur, ils font la même réponse. Le tour de la question est vite fait. Tout le système est à repenser.

    Quo va dis?

    D’expérience, on sait que l’on doit, d’un niveau à l’autre, adopter une logique de client à fournisseur. Chaque palier doit formaliser ses exigences et les dicter à celui qui le précède. On sait également que l’enseignement technique ne prépare pas à l’emploi. Il convient de le remplacer par une véritable formation professionnelle. Cette dernière serait à la demande des apprenants, débouchant sur deux issues. Ou directement l’emploi ou la formation à l’université. Dans les deux cas, il faut plier à la relation fournisseur/client. Autant l’université que les partenaires sociaux, soit l’UTICA et les syndicats, devront imposer des niveaux de formation précis. Et puis pourquoi ne pas étendre les consultations aux parents d’élèves. On peut toujours m’objecter que l’étude s’étant déroulée sous l’ancien régime, les consultations démocratiques n’étaient pas bien encouragées. En la matière, ils se seraient bien prononcés sur des objectifs aussi importants que le partenariat qu’on souhaite avoir entre public et privé dans l’éducation nationale.

    L’acquis de l’enseignement gratuit et obligatoire est d’un impact national. Ce sont eux qui souffrent de la panne de l’ascenseur social, de la cherté des cours particuliers. Ils peuvent très bien dire s’ils acceptent un relèvement d’impôt pour une amélioration des conditions de l’enseignement. Et puis, tout l’argent englouti par l’étude à quoi a-t-il servi. La contrevaleur de soixante millions d’euros, c’est environ cent-vingt milliards de nos millimes, il y a de quoi connecter toutes les écoles de Tunisie. La question méritait d’être posée.

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