Mal vus, mal aimés, malmenés, malheureux, mal payés, mal compris... les journalistes l'ont toujours été. Mais bien plus encore aujourd'hui alors qu'ils sont traités de tous les noms et pris à partie par les plus forts comme par les plus faibles. Alors que les 1.300 journalistes de Tunisie ont décidé que ce 1er février 2012 est une Journée de la Colère, des attaques gratuites en tous genres, y compris par des violences physiques, verbales et 'psychologiques', s'abattent sur nous comme si on voulait nous faire peur, nous neutraliser, nous ramener au degré zéro de l'existence professionnelle.
Nous ne voulons citer personne parce que nous accusons tout le monde, à part des exceptions rarissimes follement éprises de liberté d'expression. Car ces derniers sont les seuls à accepter réellement le nouveau statut donné par la Révolution aux journalistes: un statut de liberté de ton et de mouvement que tous les autres leur dénient pour toutes sortes de raisons. A commencer par l'identification des journalistes au sacro-saint '4ème Pouvoir', alors que tout le monde commence à comprendre que telle est la réalité aujourd'hui. Même si, il faut bien le reconnaître, certains d'entre nous ne sont pas exempts de quelque reproche!
Tout le monde commence à voir clairement le poids que vont avoir de plus en plus les journalistes au sein de la nouvelle société tunisienne, aspirant à la démocratie, vouée aux Droits de l'Homme et partisane de la pluralité et de l'alternance au pouvoir. Et beaucoup n'aiment pas cette tournure que prennent les choses au moment où ils ont leurs conceptions de la place qui, selon eux, doit être la leur au sein de la nouvelle Tunisie.
Des pratiques installées depuis longtemps dans les usages prennent de nouvelles significations. Par exemple, on cherche invariablement à nous manipuler et, pour être totalement sincères, nous cherchons à manipuler tout le monde! Mais, nuance: là où on cherche à nous manipuler pour des raisons d'intérêts plus ou moins avouables, nous ne cherchons à manipuler que dans un seul et unique but: ECLAIRER L'OPINION PUBLIQUE!
Un autre exemple, nous avons le devoir d'écouter tout le monde, mais comme beaucoup se voient au-dessus du lot, ils nous le reprochent et nous attaquent en conséquence. Il y en a même qui se décrètent professeurs de journalisme et nous engagent à nous dévouer uniquement à INFORMER, car telle est notre raison d'être. C'est vrai, mais ils savent ce qu'ils disent et comprennent qu'insister sur INFORMER exclut ce qui est dangereux pour eux: le DECRIPTAGE, l'ANALYSE, l'OPINION... c'est-à-dire ce qui fait comprendre au bon peuple leurs fautes, leurs échecs, leurs errements et la liste est longue.
C'est pour cela que les journalistes s'insurgent comme s'ils n'étaient qu'un. Et ce n'est pas peu dire! Car il n'y a rien de plus difficile que de réunir les journalistes autour de quelque chose, c'est un métier 'individualiste' où chaque membre est un monde à part, un syndicat, une exception! Et si les 1.300 'exceptions' que compte actuellement notre pays décident de crier “NOUS SOMMES INDEPENDANTS“ d'une même voix, à la face du demi siècle passé et de l'Etat et des syndicats et des commissions..., c'est que l'heure est grave!