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    Compression des coûts de l’Administration: un coup au prestige de l’Etat et un populisme politique avéré!

  • Par Amel Belhadj Ali
  • Peut-on gagner une cause à travers de grandes concessions touchant notre image, notre prestige, notre standing, notre position et notre rang?

  • En déclarant vendre les palais présidentiels pour financer un fonds pour l’emploi, en exprimant le vœu de comprimer les coûts de l’Etat et en répétant à maintes reprises prendre des mesures pour diminuer les dépenses de l’Administration, c’est une ignorance pure et simple des affaires de l’Etat que l’on montre. Car ce n’est pas en faisant de l’économie de bouts de chandelles, en voulant plaire et en se soumettant à un nouvel ordre, celui de la rue, qu’on consolide les assises de l’Etat et qu’on satisfait aux revendications du citoyen lambda. En procédant de cette manière, nous mettons à terre l’Etat, déjà à genoux!

    Les dépenses de l’Administration? Une goutte dans un océan!, commente Mahmoud Ben Romdhane, éminent économiste et chercheur, à propos de ces mesures «restrictives».

    Comment est-ce que l’idée même de s’attaquer aux dépenses de l’Administration a-t-elle pu traverser les brillants esprits de nos planificateurs alors qu’elle a été la plus grande victime de précédentes politiques réductrices et aliénatrices? L’Administration a été lésée et c’est justement à cause de cela que ses compétences la désertent et qu’elle trouve de plus en plus de difficultés à suivre le développement du pays. Si ce n’est quelques grandes valeurs qui y restent se sacrifiant par amour pour le pays!

    La rationalisation des dépenses publiques, telle qu’annoncée par Hamadi Jebali, chef du gouvernement, implique la réduction des avantages en nature, accordés aux responsables et aux hauts cadres de l'Etat! Donc à ces valeurs… Non mais je rêve!

    De quels avantages parle-t-on là? De ceux qui vont permettre à ces cadres, recevant, à compétences égales parfois meilleures, des salaires minables par rapport à leurs semblables dans le privé, de se concentrer sur leurs tâches sans avoir à se soucier d’un quotidien qui pourrait les distraire de leurs missions?

    Loin de penser aux moyens d’améliorer les prestations de l’Administration en réformant et rénovant ses mécanismes, la première idée lumière a été de l’appauvrir encore plus! Trop facile, trop simpliste et trop populiste!

    Si vous êtes en panne d’idées, prenez exemple sur les autres!

    Lorsque le Maroc a entrepris, au cours des années 80, les réformes structurelles de son économie, il s’est tout de suite attaqué à son Administration. Elle devait être moderne, performante et prête à relever les défis de la mondialisation. Le diagnostic était en gros que l’Administration marocaine était trop centralisée, que les procédures budgétaires et financières étaient paralysantes, que le système de rémunération était opaque et inégalitaire et que le personnel n’était pas impliqué parce que pas informé.

    Pour remédier à cette situation, le Royaume chérifien n’a pas appauvri son Administration, il a réorganisé les structures administratives dans le sens de plus d’efficience, a introduit l’approche par compétences et redéfini la gestion des ressources humaines. Il les a revalorisées sur des bases rationnelles pour accroître leurs performances et maîtriser les effectifs. La gestion des carrières, la formation continue et le perfectionnement, c’est ce à quoi on s’était attelé pendant des années au Royaume.

    Plutôt que de mettre en place des plans efficaces pour la refonte de l’Administration, ce qui n’est pas le rôle de ce gouvernement provisoire, rappelons-le, nous assistons à sa «misérabilisation» -eh oui, à force, nous finissons par créer un nouveau jargon!

    Ce gouvernement oublie ce pourquoi il a été élu et ce n’est certainement pas pour refaire l’Etat, les institutions et l’Administration de fond en comble. Il n’en a ni le temps ni la mission. Son rôle principal est de donner de l’espoir, de rassurer le peuple, l’Administration, la communauté d’affaires, les investisseurs nationaux et internationaux et de gérer tant bien que mal le pays en assurant la continuité et en ne s’attaquant pas à ses équilibres profonds.

    La majorité oublie qu’elle a une mission: la Constituante, la Constituante et encore la Constituante…

    Le prestige d’un Etat est dans la fin de l’incompétence, de la manipulation, de la censure, de l’insulte et de la répression. Le prestige d’un Etat est dans la préservation de ce qui fait son autorité et son ascendant sur ses troupes. Savoir doser le pouvoir sans céder aux pressions, décider du mieux pour tout le monde, conserver ce pan de respectabilité du chef, du gouvernant, du décideur pour qu’il puisse gérer et administrer.

    C’est au prestige de l’Etat que nous voyons la souveraineté du peuple. Et ce n’est certainement pas le fait qu’on appauvrisse notre Administration ou que notre ministre de l’Intérieur descende négocier avec les représentants de syndicats qu’il pouvait recevoir dans son bureau qu’on verra le prestige de l’Etat!

    Tout au contraire, nous sommes en train de vider l’Etat de son prestige!

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commentaires VOS RÉACTIONS À CET ARTICLE
  • Oui, mais ...    posté le 05/01/2012 a 16:27:00

    Je suis complètement avec votre analyse et je crois qu'il faut chercher l’efficacité plutôt que l’économie de bouts de chandelles. mais voilà que le gouvernement avant même de se former que les médias et les partis d'opposition qui commencent à hurler pour dénoncer le nombre élevé de ministres sous prétexte sous prétexte que l'économie du pays était en état lamentable et que 5 ou 6 ministre de plus va mener à la faillite du pays et personne n'a jugé utile de se poser plutôt la question si les 51 nécessaires ou si ça peut être efficace ou pas. le gouvernement, qui manque évidemment d'expérience a tombé dans le piège d'abord en réduisant le nombre de ministres pour plaire au aux autres puis allant chercher à réduire les dépenses de l'état. espérons qu'il ne vont pas toucher aux avantages des employés de l'état mais juste qu'ils essayent d'instaurer une culture de dépenser éfficassement.

  • Economie economie    posté le 05/01/2012 a 08:36:47

    On est dans une phase de construction d'un etat avec des bonnes pratiques civilisées le fait d'instaurer une politique d'economie sur toutes les depenses publiques ce n'est pas suffisant mais ca contribue à apprendre les bonnes manieres de gestion.

    par lamjed
  • Parfait    posté le 04/01/2012 a 23:11:40

    Excellent article. tout ce que j'ai voulu dire, vous l'avez si bien résumé. bravo. rien a rajouter.

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