© webmanagercenter.com - 11 Octobre 2011 17:00:00
A Toute Allure – Tunisie : La maladie de l’intolérance
- Par Ali Laïdi Ben Mansour*
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La marche vers la démocratie que nous souhaitons pour notre pays est un long chemin semé d’embuches et de «nids de poule» comme le sont nos routes et rues…
Un demi siècle de pouvoir absolu a laissé des traces y compris au fin fond de nos têtes, et tout démocrate qu’on prétend être on se surprend à se retrouver avec des réactions incompréhensibles pour nous-mêmes et pour notre esprit.
Voici ce qui est de l’incident du week-end à propos du film «Persépolis» diffusé par Nessma TV vendredi 7 octobre 2011. En dehors des islamistes qui ont réagi comme il se doit –pardon ils l’entendent-, on a vu sur des enregistrements sur Facebook et autres des gents tout ce qu’il y a de plus normal, des hommes et des femmes, comme vous et moi, proférer de menaces de morts contre des journalistes et des employés de Nessma TV en les défiant et en leur demandant “sortez filmer si vous osez!…“.
Exactement ce qu’a fait la cinquantaine de salafistes qui se sont ligués contre la Faculté des lettres de Sousse pour y faire entrer de force une de leurs sœurs qui porte le niquab…
Voilà les réactions des premiers intéressés mais et on va voir qu’il y a pire. Des rumeurs parlent du retrait du budget de Délice Danone de Nessma TV, et des comités des fans de l’ESS et de l’Olympique de Béja qui veulent interdire à la chaîne de couvrir leurs matchs. Jusqu’aux élèves d’un collège du Kram qui voulaient manifester contre cette chaîne qu’on insulte sur FB et dont la page a été signalée par des milliers d’utilisateurs malveillants pour la fermer, et ils l’ont fermée…
Voilà comment nous pensons et comment nous réagissons. A ceci il faut ajouter nos autres manies dont, par exemple, celle de déchirer les affiches électorales des candidats et candidates sur les murs, ou encore cette nouvelle manie de se précipiter pour interdire à ce parti ou à un autre d’organiser ses manifestations électorales dans tel ou tel village sous des prétextes fallacieux...
Je pense que, malgré l’urgence pour ce que ça représente comme danger potentiel surtout pour le rendez-vous du 23 octobre, ces manifestations vont continuer et se multiplier pendant des années au sein de notre société et qu’elles ne disparaîtront que le jour où notre démocratie dépassera le stade embryonnaire qui est le sien aujourd’hui.
Nous n’avons jamais appris la tolérance et nous ne connaissons pas le partage de l’espace, qu’il soit matériel (nos querelles entre familles pour 1 ou 2 m2 de terre agricole ou autre terre) ou symbolique dans la Cité et dans la société. Nous n’appréhendons le voisin qu’à travers une grille de lecture négative a priori, et il doit vraiment montrer patte blanche clairement avant de pouvoir partager avec nous quoi que se soit. C’est un héritage d’un régime qui nous a squatté notre liberté pendant 55 ans et qui nous a confisqué notre parole, nos pensées et nos plus intimes manifestations.
Du coup, nous ne savons aujourd’hui que dire non et non et non. On réfléchit après. Notre proverbe populaire le dit clairement: le mot Non (la) n’apporte pas de malheurs.
Mais nous avons tous les moyens pour guérir de cette néfaste maladie.
- * Rédacteur en chef du site «almasadr.tn»
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