Nous nous sentons infiniment plus libres, infiniment plus à l’aise et infiniment plus courageux depuis le 14 janvier, et nous voulons le crier sur tous les toits et le faire particulièrement parvenir aux oreilles de ceux qui n’arrêtent pas de nous diagnostiquer les scénarios les plus noirs dans les jours et les mois à venir.
Il y a ceux qui se présentent sous les traits des analystes avertis soit disant et qui étalent toute leur science pour analyser des débordements qu’ils trouvent dangereux et alarmants, et diagnostiquent immédiatement la fin de la révolution et le retour du dictateur, demain matin, sous les oripeaux du RCD…
Il y a les étrangers qui prennent des airs bien affligés devant les caméras de télévision en rappelant qu’il faut sûrement des instructeurs «internationaux» pour accompagner cette pauvre Tunisie dans sa difficile transition démocratique, car autrement, les pires démons de la contrerévolution l’attendent.
Il y a les ténors des anciens partis politiques de Ben Ali, et ils sont connus de tous pour avoir été pendant des années les «chargés de mission» d’opposition de Ben Ali et qui doivent avoir suffisamment de dignité, comme certains d’entre eux l’ont fait, à l’instar de Mohamed Mouada et Mohamed Bouchiha –qui ont préféré se retirer dignement.
Il y a d’autres qui, non seulement continuent à se manifester comme des acteurs politiques normaux mais en plus, osent critiquer les débordements de la rue ou les comportements des partis politiques et des citoyens. Ceux-ci doivent aussi nous laisser tranquille.
Il y a aussi les tenors de certains médias qui, 24 heures avant le 14 janvier, attendaient à côté du téléphone qu’Abdelwahab Abdallah leur donne les instructions nécessaires pour écrire leur éditorial et qui, depuis le 14 janvier, cherchent (certains ont peut-être déjà trouvé) leurs nouveaux maîtres -et ils ont déjà commencé leur sale boulot de «lahassas». Eh oui, ceux-là on veut leur dire “non merci laissez tomber, on ne veut pas de votre littérature!“.
Oui, nous nous sentons infiniment plus libres, et puisque nous n’avons jamais été aussi libres, depuis 1956, certains d’entre nous dépassent peut-être les bornes un peu, mais on les aime quand même et on ne leur en veut pas!
Oui, nos villages sont frustrés et des fois, pour trois mots le feu peut jaillir entre de gens qui ont cohabité depuis 50 ans. Eh bien, le lendemain tout le monde s’embrasse et on apporte du thé à boire ensemble avec les soldats du couvre-feu.
Oui, nous sommes plus courageux aujourd’hui que depuis 50 ans, car aujourd’hui nous osons dire que ce gouverneur est une racaille ou que ce délégué n’est pas clair. On peut enfin refuser un DG qui est notoirement connu pour ses frasques. Et Alors? La révolution, c’est fait pour ça aussi …
Alors, les donneurs de leçons, surtout quand ils sont mouillés jusqu’au cou, comme Borhane Bseiss ou Mezri Haddad, taisez-vous maintenant, on ne vous a pas demandé votre avis!