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L’élément
notable dans le cinéma tunisien de ces quelques dernières années, c’est
qu’il commence à filmer le plus fidèlement possible la réalité tunisienne
dans tout ce qu’elle a de positif et de négatif. En voici un bel exemple. Et
plutôt fort réussi. Il est tout à fait naturel que Tunis qui s’est
développée à l’image des grandes villes européennes connaisse à son tour les
vicissitudes de la modernité et tous les avatars qui rongent le monde
occidental.
L’homme est un loup pour l’homme ; par conséquent, ce ne sont pas les
loisirs de la nuit qui vont adoucir ses pulsions violentes, mais bien le
contraire. Il y a comme une culture du jour faite de valeurs et consumée
dans la clarté, c’est-à-dire avec justice ; et une culture de la nuit faite
de marginalité et de luxure, et consumée dans la violence et le
sauve-qui-peut.
Ainsi, la ligne de démarcation est nette et précise entre le monde du jour
et celui de la nuit. Deux mondes diamétralement opposés, totalement
différents. Jilani Saâdi, sans tomber dans la platitude du moralisateur et
du donneur de leçons, s’est contenté de filmer, tel quel, le monde de la
nuit. Sa caméra s’est à ce point voulue fidèle à la réalité qu’il a opté
pour un casting si proche de ce monde de la nuit. D’où la beauté de cette
romance pénible, triste mais parfaite dans son réalisme.
Il n’y a pas d’amour dans le monde de la nuit. Il n’y a ni tendresse, ni
loyauté, ni stoïcisme ni justice. La seule justice qu’il y a, on se la fait
soi-même et adviendra que pourra. C’est la justice des rapaces. Et les
rapaces n’ont qu’un seul mot d’ordre : ne pas marcher sur les plates-bandes
des autres. Dès que cette ligne rouge est frôlée, c’est la guerre des
règlements de comptes. Salwa (adorable Anissa Daoud dans ce rôle) est certes
une fille de la nuit. Mais elle a sa clique à elle, une clique dangereuse
avec laquelle il serait imprudent de jouer au champion. Salwa rate par deux
fois son chauffeur de taxi venu spécialement la chercher pour l’amener à son
cabaret de tous les soirs.
Dans ce ratage, elle se trouve exposée à une bande de voyous qui n’ont que
la rue pour se retrouver et boire à même la chaussée. Proie facile pour être
seule dans la nuit des hommes, elle est violée tout à tour par trois
dissolus de la bande, à l’exception de Stoufa (un vrai talent que ce Mohamed
Graia) qui réprouve et exècre les manières ignominieuses de sa clique.
Pourtant, lorsque Salwa dénonce les voyous auprès de sa bande à elle, c’est
lui qui va payer les pots cassés. Il est tabassé à mort pour n’avoir pas fui
comme ses camarades à l’arrivée des loups de la fille. Du coup, plus rien ne
va arrêter la valse des règlements de comptes. Stoufa tient à se venger.
Mais dans cette recherche de sa justice, il perd un à un ses camarades dont
il ne sait même pas ce qu’ils sont devenus. Et une fois face à face avec
Salwa qu’il voudrait faire payer ce qu’il a enduré, il devient curieusement
un loup très tendre. C’est alors qu’on comprend ce qui le prend : il aime
Salwa. Et celle-ci est sensible à son amour. Sauf que le monde de la nuit ne
connaît pas l’amour, il ne connaît surtout pas le monde du jour. Salwa ne
peut accepter la proposition de Stoufa tant elle est chevillée au monde de
la nuit.
Film sur la condition humaine des mecs et nanas de la nuit, «La tendresse du
loup» est un long métrage sincère, réaliste, brillamment filmé car sans
retenue, sans insinuation pudibonde, très clair dans le noir de la nuit. Un
film à voir pour qui ignore le monde de la nuit.
Avec : Anissa Daoud, Mohamed Graia, Habib M’barek, Abdel Monêm Chouayet et
Atef Ben Hassine.
Actuellement dans les salles de cinéma.
16-11-2007 ::
07:00
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