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    Tunisie: Hammamet, petits dauphins et gros requins!

  • Par Amel Djait

  • A peine la rubrique économique du journal télévisé du mardi 8 mars diffusée, que nous assistions à une levée de bouclier du côté de la ville de Hammamet. Facebook et Twitter ont tout de suite pris le relais. L’information a suscité la polémique sur la toile. Objet de la controverse, le premier coup de pioche d’un projet prétendu du siècle en Méditerranée. «Sea World» sort de l’eau. Sans permis de bâtir, affirme une source municipale.

    Initié par le clan du président déchu, le projet importé d’ailleurs serait désormais renvoyé aux calanques grecques. Les promoteurs se sont vus retirer le permis de bâtir, accordé sous le dictat de l’ancien régime.

    Futuriste, «Sea World» selon ses concepteurs, est axé sur l’immobilier et accessoirement sur l’hôtellerie et le para touristique. Une version finalisée que les services du tourisme tunisien n’ont vu qu’à moitié. Une des cartes maîtresses du projet est une tour de plusieurs dizaines d’étages. Ceci laisse entrevoir une conception qui ignore beaucoup du tourisme tunisien en général, et hammametois en particulier.

    Implanté sur 20 hectares, «Sea World» est aux antipodes des besoins de la ville-jardin qui n’a plus besoin de béton. Trop longtemps pensé pour et par des hôteliers, le tourisme tunisien gagnerait à profiter de cette occasion pour repenser son positionnement. Hammamet, particulièrement, devrait se mettre des objectifs nettement plus ambitieux. Mettre à niveau ses hôtels, dynamiser le para touristique, moderniser ses concepts pour tirer vers le haut le vieux Hammamet, en opposition à la station Yasmine, est primordial. Sauver de la médiocrité, de la saisonnalité ainsi que du délabrement qui l’étouffe depuis des années est urgent.

    Une infrastructure développée, une position géographique d’exception, deux aéroports internationaux, trois golfs, un port de plaisance, des centres de thalassothérapie et surtout l’espace, les jardins et la taille humaine de ses structures hôtelières sont des atouts inestimables à l’heure où tous les hôtels du monde montent en hauteur et finissent presque par se ressembler.

    Plus question de rester fermé aux innovations. Bien au contraire! Réfléchir aux besoins en anticipant, ne pas se précipiter à reproduire des modèles périmés est essentiel. Hammamet a tout pour être ressuscitée. Le tourisme tunisien n’a plus droit à l’amnésie. Par le passé, il a reproduit des modèles inadaptés comme la station Yasmine. 20 ans plus tard, 20 ans trop tard. La suite on la connaît. Elle a coûté cher.

    L’annonce du projet Sea World a suscité indignations et incompréhensions. A une heure de grande écoute sur nos écrans, le message principal s’est concentré sur de bonnes nouvelles concernant l’emploi. C’était ignorer la perspicacité de la société civile qui a aussitôt annoncé contestations et consternations.

    «Plus que les financements ou leurs sources, ce qui importe est d’être impliqué dans des choix aussi stratégiques pour notre région. Ce genre de projet semble démesuré et inadapté à notre tourisme. Remplir nos hôtels avec ce style de déjà vu? Ne nous faites pas miroiter autant de postes d’emplois à l’heure où nous y sommes si sensibles. Nous savons pertinemment que pour faire vivre Hammamet plus de deux mois par an, ce n’est pas ce genre de projets qu’il faut. Ce Sea World ne profitera nullement à la ville», résument avec ferveur de nombreux contestataires.

    Pourquoi Sea World? Pourquoi maintenant alors que le Premier ministre du gouvernement de transition déclare avoir des priorités sécuritaires avant tout? Les questions s’imposent: Quid du financement du projet? Quelle est sa valeur ajoutée? Quel est son impact sur l’environnement? Qu’est-ce qui explique que, sans rapport avec l’actualité brulante, on lui consacre autant d’écho sur le petit écran devenu grand par son impact?

    A voir et à entendre le promoteur assurer que «Sea World» verra le jour dans un délai de 30 mois avec à la clef la création de 12.000 emplois, ce projet serait la clef de tous les succès. Parier sur les orques et les dauphins ainsi que sur d’autres originalités pour apporter ce qui manque à Hammamet devient pour le coup bluffant.

    Une source bien informée affirme que le groupe en question serait impliqué dans de nombreux projets défaillants, annulés ou reportés. Celui de la Cité de la Culture, entamé en 2006 n’est toujours pas achevé. Différentes sources concordent à révéler de nombreuses embrouilles dont a largement parlé la presse nationale. Cependant, les péripéties que l’entreprise serait en train d’affronter pour l’achèvement de ce projet se dissiperaient. Aux dernières nouvelles, le chantier serait remis au cours du mois de juin 2011.

    Pour la petite histoire, les promoteurs de «Sea World» sont à l’origine de plusieurs projets via diverses sociétés dont la création d'une usine de verre plat, la construction d’un poste à quai et de ses dépendances au port de La Goulette, ainsi que la réalisation de l’Aéroport d’Enfidha. Les deux derniers ayant été annulés.

    Faisant partie du même groupe, la compagnie de construction routière Autoroute et la compagnie d’ATOBAN s’étaient aussi engagées à réaliser des projets dans leur domaine avec notamment le chantier de la déviation de Mahdia. Une affaire qui aurait été réglée à l’amiable! Du jamais vu, précise un opérateur dans les travaux publics.

    Assurément, les dauphins et les gros sous ne nagent pas dans les mêmes eaux ni ne vaquent sur les mêmes autoroutes!

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© webmanagercenter.com | 11 Mars 2011 06:00:00| Mots-clés : Hammamet petits dauphins requins SEA WORLD permis batir 19 commentaire(s)
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